Yann Arthus-Bertrand : "Il faut avoir le courage d'admettre qu'on a perdu la bataille contre le changement climatique"

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Après la publication de nouvelles simulations scientifiques prévoyant une hausse du climat pouvant atteindre 7°C d'ici 2100, le photographe décrit sur Europe 1 "une espèce de banalité du mal".
INTERVIEW

Parler du réchauffement climatique, "c'est parler, quelque part, de la fin du monde". Invité d'Europe 1 mardi soir, après la publication de nouvelles simulations scientifiques prévoyant une hausse du climat pouvant atteindre 7°C d'ici 2.100, le photographe et président de la fondation GoodPlanet Yann-Arthus Bertrand s'est montré résigné, estimant qu'il fallait "avoir le courage d'admettre qu'on a perdu la bataille contre le changement climatique".

"Tout l'été, j'ai été appelé par les radios, les télés pour parler de la chaleur, de la fonte des glaces, des incendies en Sibérie et en Alaska, de l'Amazonie...", déplore le septuagénaire. "On est dans une espèce de déni collectif, on ne veut pas croire ce qui est en train de se passer. C'est toujours de la faute des autres, c'est de la faute du président brésilien, c'est la faute des lobbies, des politiques. Mais par exemple sur l'Amazonie, on déforeste pour le soja, pour nourrir notre agriculture industrielle. L'agriculture intensive française est responsable, en partie, de cette déforestation."

"On vit dans une espèce de banalité du mal"

Quant aux solutions avancées par certains scientifiques - des mesures permettant la diminution immédiate des émissions de CO2 -, Yann-Arthus Bertrand estime qu'elles "sonnent un peu faux". "Cela fait vingt ans qu'on entend ça", souligne-t-il. Et de reconnaître : "Ce n'est pas facile à dire, que l'on va vers une fin du monde si on continue comme ça. On est tellement accro à ce pétrole qui nous fait vivre... C'est la croissance qui paye les écoles auxquelles vont mes petits-enfants, c'est la croissance qui paie les hôpitaux qui vont me soigner bientôt, à 73 ans. C'est la croissance qui nous fait vivre tous. Et cette croissance n'est pas bonne pour l'environnement. On vit dans une espèce de banalité du mal."

"Le Graal de tout homme politique aujourd'hui, c'est le pouvoir d'achat et préserver les emplois", appuie le photographe. "Je pense que l'écologie arrive loin derrière. L'homme politique a une vision électorale, une vision à court terme, alors que l'écologie, c'est une vision à très long terme. (...) Personnellement, je crois qu'il faut réinventer un nouveau monde. Chaque effondrement, il y a une renaissance après. Il faut s'y préparer."