Pour compenser les lourdes pertes économiques liées aux récentes dégradations en marge des manifestations contre la vie chère, les préfets vont recevoir la consigne de faciliter les ouvertures dominicales. Si les chambres de commerce saluent un ballon d'oxygène pour les commerces de proximité, les syndicats dénoncent un sacrifice imposé aux salariés.
Le gouvernement va donner l'instruction aux préfets d'organiser l'ouverture des commerces le dimanche sur leur territoire, notamment trois dimanches de plus d'ici à Noël, en réponse à une demande du secteur éprouvé par les violences urbaines, a annoncé lundi le ministre du Commerce Serge Papin.
"Je vais demander, là, dès cette semaine, que les préfets puissent utiliser un arrêté" permettant aux commerces d'"ouvrir trois dimanches supplémentaires", a-t-il dit sur RTL. Et "on peut aller bien au-delà s'il y a des discussions avec les organisations patronales, avec les organisations syndicales, c'est au cas par cas", département par département, a-t-il ajouté.
En outre, "les maires ont la main sur 12 dimanches et peuvent autoriser aussi, par compensation par rapport" aux pertes entraînées par les violences survenues en marge des manifestations contre la vie chère, "les magasins à ouvrir le dimanche", a rappelé le ministre.
Jeudi, le gouvernement avait déjà annoncé qu'il encourageait maires et préfets à autoriser des ouvertures dominicales exceptionnelles, réclamées par les professionnels jusqu'à Noël.
Un secteur asphyxié par les dégradations et les baisses de chiffre d'affaires
Le réseau des chambres de commerce et d'industrie (CCI) a salué cette mesure dans un communiqué transmis lundi à l'AFP, demandant pour sa part l'autorisation d'ouvrir les dimanches de novembre et décembre dans un appel à la "mobilisation collective" pour soutenir les commerces de proximité.
La CCI affirme que "2.488 commerces ont été touchés lors des violences du 17 octobre, 50 de plus le 24 octobre et 27 de plus le 31 octobre". Parmi eux, "1.161 ont été fortement dégradés", à savoir "pillés, saccagés voire incendiés".
Plus de 6.000 commerces sont empêchés de travailler et les commerçants signalent des baisses de chiffre d'affaires de 60% à 80% les samedis de mobilisation, d'après la CCI.
Selon Serge Papin, le 17 octobre "3.000 magasins" ont été touchés par des violences et "presque 400" ont été pillés. Mais "l'ordre a été tenu" samedi dernier, avec 20 magasins touchés et un seul pillé, a-t-il précisé.
Préfets et maires mobilisés pour accorder des dérogations exceptionnelles
Le cabinet de Serge Papin a précisé à l'AFP que l'instruction, signée par le ministre du Commerce et ceux de l'Economie, Roland Lescure, du Travail, Jean-Pierre Farandou, et des Comptes publics, David Amiel, serait transmise "en début de semaine".
Elle vise à rappeler aux préfets qu'ils peuvent autoriser trois ouvertures dominicales dérogatoires, sans consulter les partenaires sociaux, puis organiser "des consultations avec les organisations patronales et syndicales locales" et les "associations de commerçants" pour aller au-delà.
L'instruction sera adressée à l'ensemble des préfets, qui "apprécieront l'opportunité, avec un intérêt particulier pour les territoires" touchés par des mouvements ayant "perturbé l'activité des commerçants".
Elle ne comporte "pas de consignes sur le type de commerces" concerné. Cela sera précisé par "les arrêtés préfectoraux"
Entre soulagement patronal et fronde syndicale : un arbitrage qui divise
Interrogée lundi sur France 2, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, s'est dite "bien sûr" contre davantage de dimanches travaillés, rappelant que les salariés du commerce "sont majoritairement des femmes" et "très largement soumis déjà à des horaires atypiques".
Les mesures gouvernementales prises après les dégradations du 17 octobre se "tournent exclusivement vers les patrons", tandis que "les salariés à qui on impose le chômage partiel perdent 40 % de rémunération", a-t-elle déploré. "Leur imposer en plus de sacrifier leur vie de famille en travaillant le dimanche, c'est pas sérieux, c'est honteux", a-t-elle déploré.