Depuis le début du mouvement lycéen, 148 personnels de l’Éducation nationale ont été volontairement blessés, selon le ministre. Au lendemain de l’attaque d’Aubagne et trois ans après l’assassinat de Dominique Bernard, de nombreux enseignants disent ne pas se sentir suffisamment protégés.
Depuis le début du mouvement lycéen, 148 personnels de l’Éducation nationale ont été blessés de manière volontaire, selon le ministre de l’Éducation nationale. La violence n’épargne plus les enseignants, déjà profondément marqués par plusieurs drames survenus ces dernières années.
Ce mardi, la communauté éducative a rendu hommage à Dominique Bernard, professeur de français assassiné il y a trois ans par un terroriste islamiste dans le groupe scolaire Gambetta-Carnot, à Arras. Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie tué en 2020, a également été honoré cette semaine dans les collèges et les lycées.
À Arras, l’émotion était toujours vive. Après l’hommage à Dominique Bernard, plusieurs enseignants avaient les yeux rougis et le visage grave. Parmi eux, Laurence, qui connaissait bien le professeur de français assassiné. Au lendemain de la fusillade survenue dans un collège d’Aubagne, elle regrette que la communauté éducative soit une nouvelle fois touchée par la violence.
"Ça me fait peur, ça me met en colère aussi"
"Ça me fait peur, ça me met en colère aussi, parce que je trouve qu’on n’a pas un métier où on devrait être confronté à la violence de la société", confie-t-elle. Même si elle dit ne pas se sentir directement en danger dans son collège, l’inquiétude demeure. "On a l’impression que ça rôde un peu. On a l’impression que c’est : à quand notre tour ?", poursuit-elle.
Pour cette enseignante, l’école devrait pourtant rester un lieu préservé, un sanctuaire. Mais les événements récents ont ravivé les craintes dans une profession déjà fragilisée. Lors de la cérémonie, des jeunes étaient également présents, comme Karl. Cet étudiant envisage de passer le concours pour devenir professeur d’histoire-géographie. Mais la violence qui touche certains établissements l’interroge déjà sur son futur métier.
"Je vais entrer dans un métier où je vais devoir vraiment faire attention à tout. Si jamais je peux me retrouver face à une arme à chaque fois que je fais cours, ça va être compliqué. J’espère que je n’aurai pas affaire à ça un jour", explique-t-il. Trois ans après l’assassinat de Dominique Bernard, la peur reste donc présente chez de nombreux enseignants.
L’attaque d’Aubagne, survenue dans un contexte déjà tendu, a encore renforcé ce sentiment de vulnérabilité. Une enseignante confiait même avoir perdu l’espoir de pouvoir sauver certains élèves radicalisés ou en grande détresse.