Vincent est handicapé à cause d’un accident de la route : "Je suis prisonnier de ma vie"

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À cause d’un accident de moto, Vincent est handicapé. L’affaire a été classée sans suite, sans que ce dernier ne soit auditionné. Au micro d’Olivier Delacroix, sur "La Libre antenne", Vincent raconte son combat judiciaire pour prouver qu’il n’était pas responsable de l’accident et son combat pour remarcher.
TÉMOIGNAGE

Il y a cinq ans, Vincent a été victime d’un accident de la route et est aujourd’hui handicapé. Il dit ne pas être responsable, mais le rapport de la gendarmerie avance le contraire. Vincent n’a jamais été auditionné et l’affaire a été classée sans suite. Selon lui, c’est parce que la personne qui l’a renversé serait la fille d’un élu local. Au micro de "La Libre antenne", sur Europe 1, Vincent raconte à Olivier Delacroix les combats qui ont suivi son accident : son combat pour remarcher et son combat judiciaire.

"J’ai 38 ans. J’ai une femme et un petit garçon qui a aujourd’hui huit ans. Il avait trois ans au moment de l’accident. Je suis chef d’entreprise depuis l’âge de 24 ans. J’ai monté une entreprise et je me suis battu pour arriver à un certain niveau. J’ai eu un accident de moto avec le véhicule d’un client. Il pleuvait ce jour-là. Je ne voulais pas y aller. J’ai été victime d’un refus de priorité. Une voiture arrivait de ma droite et avait un panneau cédez-le-passage. Je me suis déporté sur la gauche et elle m’a percuté.

Ça a été très lourd sur le coup. J’ai manqué de mourir. Les secouristes ne comprennent pas comment j’ai gardé connaissance. J’avais une allocution normale. J’ai eu treize fractures, un pneumothorax, une facture du diaphragme, mon artère fémorale était sectionnée et j’ai perdu cinq centimètres de fémur sur la route. On m’a posé 1.013 agrafes. Ça a été très lourd, mais la partie physique, ce n’est pas ça qui m’a le plus massacré.

" Il y a eu des copinages avec les gendarmes "

Je n’étais pas responsable. La version officielle de la gendarmerie dit que je roulais à contre sens et que j’ai perdu le contrôle de mon véhicule. Ce qui est totalement faux. Il a fallu que je me batte avec le gendarme. J’en veux à cet homme. Après trois semaines de coma artificiel, le gendarme devait m’auditionner et il n’a soi-disant pas eu le temps. Au bout d’un moment, ça n’avançait pas. J’ai pris un avocat. L’affaire a été classée sans suite, sans que je sois auditionné.

On a rouvert l’affaire auprès du doyen des juges. Plusieurs études en accidentologie ont été demandées. La fille qui m’a renversé avait 19 ans et avait son permis depuis deux mois. Elle a été auditionnée et a menti. Je ne lui en veux pas à elle, elle ne m’a pas vu ce jour-là. Il est clair qu’il y a eu des copinages avec les gendarmes. J’ai été renversé par la fille d’un élu local responsable de la communauté de communes.

J’ai été transféré dans un centre de rééducation. Mon état était lourd. J’étais en partie paralysé. Je me suis battu. J’ai rencontré de belles personnes dans ce parcours, des soignants, des médecins. Sans eux, je n’en serai pas là. J’arrive à remarcher aujourd’hui, mais on ne me rendra pas ma vie d’avant. Aujourd’hui, je suis handicapé. Je suis encore dans une phase où j’essaye de l’accepter. Je suis prisonnier de ma vie.

Je suis toujours chef d’entreprise, mais je n’ai plus les mêmes moyens. Je ne suis même pas capable de tenir une demi-journée. Quand on est handicapé, il faut qu’on nous permette encore d’exister. J’ai encore de belles choses à faire. J’aimerais juste exister normalement, reprendre une vie à peu près normale, aller au bout de ce que j’avais engagé. Ma vie est un château de carte. Je ne sais pas comment sortir de cet engrenage. C’est ma vie, mais je ne vis pas que pour moi aujourd’hui."

Europe 1
Par Léa Beaudufe-Hamelin