Un an après la mort de Naomi Musenga, ses parents demandent une loi à son nom pour réorganiser le Samu

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Sans haine, Polycarpe et Bablyne-Honorine Musenga attendent cependant toujours la vérité sur la mort de leur enfant.
Sans haine, Polycarpe et Bablyne-Honorine Musenga attendent cependant toujours la vérité sur la mort de leur enfant. © FREDERICK FLORIN / AFP
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Vendredi, les parents de Naomi Musenga, morte il y a un an après avoir attendu une intervention du SAMU pendant 2h20, sortent du silence dans les pages du "Parisien". 

Le 29 décembre 2017, Naomi Musenga, 22 ans, trouvait la mort à Strasbourg. Elle avait pourtant contacté le Samu mais avait été moquée par l'opératrice qui avait reçu son appel. Plus d'un an après, ses parents sortent du silence dans les pages du Parisien daté de vendredi. Sans haine, Polycarpe et Bablyne-Honorine Musenga attendent toujours la vérité sur la mort de leur enfant. Ils veulent aussi que les secours en France soient réorganisés.

"Rien n'avance". "Un an déjà, et rien n'avance", déplore le couple. Et pour cause, la vérité sur la mort de Naomi "n'a pas été faite, les responsabilités n'ont pas été établies, nous n'avons jamais reçu d'excuses des hôpitaux de Strasbourg", énonce-t-il. Se plaindre n'est pas l'objectif de ce pasteur et de cette aide-soignante. Ils veulent juste alerter sur "la série de dysfonctionnements qui ont précédé la mort de Naomi" : "inhumains", ces dysfonctionnements "montrent qu'il y a un problème dans l’organisation des soins".

2h20 de retard dans la prise en charge. Le premier "dysfonctionnement" se situe selon eux dans l'appel avorté de Naomi Musenga au Samu strasbourgeois. Alors qu'elle avait expliqué souffrir et avait supplié qu'on lui vienne en aide, l'opératrice avait raillé ses propos, l'avait renvoyée à SOS Médecins avant de lui raccrocher au nez. Finalement, quelques heures après, la jeune femme avait réussi à contacter les urgences médicales, déclenchant enfin l'intervention du Samu. Trop tard cependant car elle était finalement morte une fois arrivée à l'hôpital. Pour les parents endeuillés, plusieurs appels inaboutis ont entraîné un retard fatal dans cette prise en charge, de 2h20 selon l'Inspection générale des affaires sociales. 

"On tue deux fois notre fille". "Et de tout ça qu'est-ce qui est sorti ? Qu'est-ce qui a changé ?", interpelle Bablyne-Honorine Musenga. "Nous ne savons même pas si des décisions administratives ont été prises. Nous somme méprisés, abandonnés", dénonce auprès du Parisien cette femme originaire du Congo-Kinshasa. Pis, "on tue deux fois notre fille", estime cette mère. En juillet dernier, la procureure en charge de l'enquête pour "non-assistance à personne en péril" a indiqué que la cause du décès avait été une intoxication au paracétémol.

Or, rappelle la famille, le rapport d'autopsie n'a pas réussi à définir la cause de la mort de Naomi, évoquant cette intoxication médicamenteuse au conditionnel seulement. "Le paracétamol, lancé publiquement sans réel fondement, est ce qui me fait le plus mal, on dit à ma fille : 'c'est ta faute si tu es morte, tu as pris trop de médicaments'. On lui met ça sur le dos pour minimiser les fautes commises", juge Bablyne-Honorine Musenga, colère.

Pour "une loi Naomi Musenga". Seule consolation pour la famille, elle a pu rencontrer la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Avec des revendications claires. "On sent une volonté politique, mais il faut aller aux actes", explique à son tour Polycarpe Musenga. "Nous voulons une loi Naomi Musenga", qui serait basée sur "une médecine humaniste, avec une réorganisation des secours, une formation, la mise en place du numéro unique pour éviter la perte de temps énorme dont nous avons été victimes", revendique le papa. Avec un objectif simple : "qu'il n'y ait plus jamais d'affaire Naomi", ajoute sa femme.

Formation diplômante, appel unique d'urgence... Agnès Buzyn répond. Interrogée elle aussi par Le Parisien, la ministre de la Santé se défend d'être inactive un an après la mort tragique de Naomi Musenga : "Nous avons beaucoup travaillé pour que rien de tel ne se reproduise". Et si rien n'est encore acté, la piste d'un numéro unique fusionnant celui des pompiers, du Samu et de la police est envisagé. Il a "l'intérêt de la simplicité", explique Agnès Buzyn, bien que le nombre d'interlocuteurs élevé comporte un risque de déformation de l'information transmise à l'usager. La modernisation fera aussi partie du chantier avec la possibilité de passer des appels vidéos, d'envoyer des SMS et d'utiliser la géolocalisation pour que les secours arrivent plus rapidement sur place.

Enfin, dans la ligne de ce que réclament les parents de la disparue, les Samu vont désormais être "inspectés et devront répondre à des normes de qualité", énonce la ministre. Le 1er septembre prochain seront aussi inaugurées les premières formations afin de devenir assistants de régulation médicale. D'une durée d'un an, ce diplôme sera obligatoire pour devenir opérateur au Samu.