Aller au contenu principal
Actuellement à l'antenne

Ubisoft : une réorganisation sous pression chez le géant du jeu vidéo, touché par trois jours de grève

[Samuel Boivin / NurPhoto / NurPhoto via AFP]

À deux jours de la publication de ses résultats trimestriels, Ubisoft fait face à une grève de trois jours dans plusieurs de ses studios français. Les syndicats dénoncent la fin quasi totale du télétravail et un nouveau plan d’économies, alors que l’entreprise traverse une vaste réorganisation.

Une nouvelle semaine tendue s’ouvre chez Ubisoft : un mouvement de grève de trois jours débute mardi pour protester contre la disparition quasi totale du télétravail et un nouveau plan d’économies, en pleine réorganisation interne. Des piquets de grève sont prévus dans la matinée devant les studios de Paris, Bordeaux, Montpellier, Annecy et Lyon, et un grand rassemblement est annoncé à 14h devant le siège francilien du groupe, à Saint-Mandé. Des équipes internationales pourraient également se joindre à la mobilisation, notamment le studio de Milan.

L’annonce, le 21 janvier, d’un nouveau modèle organisationnel - impliquant l’annulation de plusieurs projets et 200 millions d’euros d’économies sur deux ans - a ravivé la contestation déjà forte en 2024 autour du télétravail et des salaires. Ubisoft prévoit désormais cinq jours de présence hebdomadaire, assortis d’un quota annuel de télétravail. “Il y a de la colère” parmi les 3.800 salariés français, estime Pierre-Etienne Marx du Syndicat des travailleurs du jeu vidéo (STJV). 

"C’est potentiellement le prélude à d’autres plans sociaux"

Selon les syndicats, les précédents mouvements avaient déjà mobilisé plusieurs centaines de personnes. Plus récemment, des salariés du studio parisien avaient quitté leur poste lors d’une visite du PDG Yves Guillemot, selon un représentant syndical. 

L’annonce fin janvier d’un plan de départs volontaires visant 200 personnes au siège (1.100 salariés) a accentué l’inquiétude. “C’est potentiellement le prélude à d’autres plans sociaux”, alerte un délégué CGT Ubisoft, rappelant que les effectifs du siège ont déjà reculé de 10% en deux ans. Ce qui se passe au niveau international pourrait, selon lui, toucher d’autres studios français. 

La direction, de son côté, affirme que la nouvelle structure doit rendre l’entreprise plus compétitive. Dès avril, cinq “maisons de création” rassembleront la moitié des studios par spécialité, tandis que l’autre moitié servira de soutien aux projets. Les fonctions technologiques, marketing et distribution seront mutualisées. “Nous sommes conscients que ces évolutions, notamment en matière d’organisation du travail, suscitent des réactions fortes”, indique Ubisoft, assurant multiplier les temps d’échange avec les équipes. 

Le titre de l'entreprise a chuté de 95% en cinq ans

Pour mener sa relance, l’éditeur a abandonné six jeux - dont le remake très attendu de Prince of Persia : Les sables du temps - et retardé sept autres. Bien qu’un troisième trimestre légèrement meilleur que prévu soit anticipé, Ubisoft prévoit une perte opérationnelle d’un milliard d’euros sur l’exercice qui s’achève fin mars. Miné par plusieurs lancements décevants, le titre de l’entreprise a chuté de près de 95 % en cinq ans

Soumis à plusieurs plans d’économie successifs, Ubisoft a fermé plusieurs studios à l’étranger, notamment à San Francisco, Osaka, Leamington, Stockholm et Halifax, et restructuré des équipes à Abu Dhabi, en Finlande ou en Suède. Le groupe, qui compte environ 17 000 salariés, s’est séparé de plus de 3 000 employés ces dernières années.