Portables et tablettes : comment les enfants peuvent-ils bien les utiliser ?

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© DENIS CHARLET / AFP
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Dans les collèges et les lycées, les téléphones portables seront interdits dès la rentrée. Une façon pour le gouvernement de combler un laisser-aller, qui a pu générer des comportements addictifs chez certains enfants ou adolescents.

Parents et enseignants sont souvent démunis face aux enfants et adolescents, dont le regard a bien du mal à se détacher de l'écran de leurs tablettes ou téléphones portables. Alors que la rentrée des classes approche à grands pas, les élèves vont devoir changer leurs habitudes : les téléphones portables seront interdits dans les collèges et les lycées, conformément à une promesse de campagne d'Emmanuel Macron. On en parlait lundi dans Le tour de la question, avec Wendy Bouchard sur Europe 1.

Être attentif à son professeur, pas à son téléphone. Cette interdiction du portable à l'école est-elle vraiment une bonne chose ? Nous vous avons posé la question sur la page Facebook d'Europe 1, où vous pouvez toujours voter. À 10 heures, vous étiez plus de 7.000 à donner votre avis. 83% d'entre vous voyaient cette mesure d'un bon œil, contre 17% de sceptiques. 

Rien d'étonnant, à en croire Mounir Mahjoubi, secrétaire d'État en charge du Numérique, invité lundi matin au micro de Wendy Bouchard. "On sort d'une phase de naïveté de plusieurs années, où on a donné des tablettes à tout le monde sans savoir ce qu'on allait faire avec", constate-t-il. Or, "quand on est dans la classe, la seule attention que l'on doit avoir, c'est pour ses camarades et ses professeurs", ajoute-t-il.

>> De 9h à 11h, on fait le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l'émission ici

Un enjeu d'autorité pour les parents. Ces dernières années, sous l'impulsion d'un plan pour le numérique à l'école mis en place à la rentrée 2016 par François Hollande, plusieurs collèges ont effectivement fourni à leurs élèves ce type d'équipements numériques, mais sans en maîtriser leur utilisation par les élèves.

Christine, mère d'un fils qui rentre en 4ème, vit ces difficultés au quotidien et les a racontées au micro d'Europe 1. L'établissement de son enfant a fourni à chaque collégien une tablette, et chacun peut le ramener à la maison après les cours. "Quand je lui demande de stopper son iPad, il se met en colère et me dit que je l'empêche de faire ses devoirs", rapporte cette mère de famille, qui se plaint de "n'avoir plus aucun regard" sur ce que fait son enfant. Au 1er trimestre 2017, 220.000 tablettes numériques ont été cofinancées par l'État pour les élèves des écoles et collèges.

Entendu sur europe1 :
Après Big Brother, vous avez pas mal de 'Big Father' ou de 'Big Mother' qui se servent des portables comme outils de surveillance. Or, l'adolescent a besoin de s'autonomiser

La peur de l'addiction. Comme Christine, de nombreux parents s'inquiètent de l'addiction de leurs enfants aux téléphones portables. Certaines applications, comme Snapchat, encouragent les ados à "entretenir la flamme" en envoyant quotidiennement une photo à leurs contacts. "Il y a une forme d'injonction dans l'ergonomie même du réseau social", note Michaël Stora, psychologue et psychanalyste, spécialiste des rapports aux nouvelles technologies, au micro de Wendy Bouchard.

Cette addiction, et plus spécifiquement la "course aux likes", peuvent avoir des conséquences redoutables sur des adolescents au terreau friable. "C'est un piège qu'ils se tendent, narcissiquement. L'adolescence est une période de grande fragilité, et quand vous n'avez pas assez de likes, certains s'effondrent", rapporte le psychologue.

Des parents parfois responsables. Mais si les enfants et adolescents sont sans conteste attirés par les écrans, leur addiction peut naître, ou du moins être encouragée, par le comportement de leurs parents. Certains n'hésitent pas à doter des élèves de primaire d'un téléphone portable. "C'est une laisse, un fil à la patte", dénonce Michäel Stora. "Après Big Brother, vous avez pas mal de 'Big Father' ou de 'Big Mother' qui se servent des portables comme outils de surveillance. Or, l'adolescent a besoin de s'autonomiser", éclaire le spécialiste.

Comme Yvelise, une auditrice d'Europe 1, beaucoup de parents ne veulent pas renoncer à ce moyen de communication avec leur enfant. "Ma fille va aller en vélo au collège. Hors de question qu'elle n'ait pas son portable avec elle ! Il sera éteint à son arrivée et rallumé à la fin des cours", confie-t-elle sur notre page Facebook. Même chose pour Bertrand : "Mes enfants auront leurs smartphones dans le sac. Au cas où le bus n'est pas là, je veux qu'ils soient joignables."

Privilégier le dialogue avec l'enfant ou l'adolescent. Pour parvenir tout de même à réguler le temps passé par leurs enfants sur la tablette ou le smartphone, les parents doivent dialoguer avant de sévir. Cette méthode est plus efficace, selon Michaël Stora, car l'interdiction d'un objet suscite sa convoitise, ce qui rend la mesure contre-productive. "Il faudra faire preuve d'empathie, car l'enfant va être très contrarié", prévient Anne Peymirat, coach parentale et auteure de Débranchez vos enfants ! (First, 2017).

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J'encourage souvent mes élèves à chercher un résultat sur leur téléphone. C'est positif car ils deviennent acteur de la construction du savoir, et ils trient les informations

Dès lors, il y a bel et bien un "enjeu d'autorité", explique Michaël Stora. "Quand vous le frustrez, vous êtes confrontés à votre enfant qui vous regarde avec une haine phénoménale", souligne-t-il. Avant de couper le wifi ou de confisquer un appareil, il faut donc en avertir à l'avance l'enfant ou l'adolescent, et discuter avec lui de ce qui est acceptable ou non en termes de temps passé et d'utilisation, conseille la spécialiste.

Par ailleurs, selon Mounir Mahjoubi, il ne faut pas faire l'autruche à la maison quant à la prévention de certains comportements sur Internet : hyper-violence, pornographie, harcèlement… "Il faut dire à son enfant qu'on sait que ça existe, et lui donner les clés pour mieux comprendre les dangers."

Le numérique reste un bel outil pédagogique. Mais pour le secrétaire d'État comme pour Michaël Stora, il ne faut ni stigmatiser les réseaux sociaux, ni leurs utilisateurs adolescents. "J'ai toujours pensé qu'il fallait faire des écrans des alliés pédagogiques", défend le psychologue. Un avis partagé par John, sur la page Facebook d'Europe 1, qui pense que les téléphones portables "devraient être intégrés au lieu de les diaboliser". Justement, Antoine, professeur de physique-chimie, a décidé de tenter l'expérience avec ses élèves. "J'encourage souvent mes élèves à chercher un résultat sur leur téléphone. C'est positif car ils deviennent acteur de la construction du savoir, et ils trient les informations", a-t-il raconté sur notre antenne.

C'est bel et bien dans ce sens que veut aller le gouvernement. "Dans les nouveaux collèges connectés, on arrête de donner la tablette, mais on la met à disposition quand elle est nécessaire pendant le cours", assure Mounir Mahjoubi. "Cette attitude maîtrisée est plus simple à gérer pour l'enfant et l'adolescent."

Europe 1
Par Anaïs Huet