Sexualité : comment laisser derrière soi une première fois ratée

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Beaucoup de femmes, parfois pour des raisons historiques, considèrent leur premier rapport sexuel comme un moment "sacré". (Image d'illustration)
Beaucoup de femmes, parfois pour des raisons historiques, considèrent leur premier rapport sexuel comme un moment "sacré". (Image d'illustration) © freestocks-photos / Pixabay
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Mercredi, dans "Sans rendez-vous", sur Europe 1, la psychanalyste et sexologue Catherine Blanc nous parle du caractère déterminant que l’on accorde, parfois à tort, au premier rapport sexuel.
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Beaucoup de jeunes ont le sentiment que le premier rapport sexuel marquera définitivement l’entrée dans l’âge adulte. Mais pour certains, une expérience malheureuse peut laisser des blessures difficiles à cicatriser. Mercredi, dans Sans rendez-vous, l'émission Santé d'Europe 1, la psychanalyste et sexologue Catherine Blanc nous explique comment ne pas laisser une "première fois" définir le reste de sa vie sexuelle.

La question de Sylvie, 38 ans

"Ma première fois s'est faite dans l’urgence. Il fallait me débarrasser de ce pucelage encombrant, me libérer. Qu’importe la personne et la situation. Aujourd’hui, je regrette ce que ce garçon a fait de moi. Comment réparer cette blessure que je garde en moi et qui aliène ma sexualité ?"

La réponse de Catherine Blanc

"Souvent, quand notre sexualité patauge, on regarde le passé pour trouver l'origine du problème. Une première fois est une première fois, avec ce qu'elle peut avoir de formidable ou de non formidable. Ce qui était formidable pour Sylvie, c’était d’oser se lancer, ce qui est dommage c’est de l’avoir fait tête la première, sans trop savoir ce qu’elle faisait, ni avec qui, ni pourquoi. Mais cela n’est pas grave. Elle est quand même à l’origine de ce moment, personne ne l’a contraint. Au contraire. Il faut donc apprendre de cette situation, et se dire que l’on mérite aussi de faire des choix dans lesquels on se reconnait.

Sylvie a écrit une histoire dans laquelle la sexualité n’est pas l’expression d'un plaisir. Elle n’a pas fait l’amour parce qu’elle avait envie de faire l’amour, mais pour se débarrasser de cette chose honteuse que serait le pucelage. À l’inverse, une autre femme voudra le faire de façon romanesque : donner sa fleur à qui est à la hauteur de la recevoir.

Les femmes accordent-elle plus d’importance à leur première fois que les hommes ?

Les femmes peuvent être habitées par cette idée qu’elles ont un hymen qu’elles vont perdre lors du premier rapport, comme s’il s’agissait d’un objet sacré qu’elles vont donner à quelqu’un. Les hommes ne sont pas concernés par ce scénario, il s’agit seulement pour eux de passer de l’incompétence à la compétence ; il faut avoir été déniaisé pour être en capacité de faire quelque chose. Ils n’y mettent pas le même affect pour des aspects historique.

Les femmes sacralisent la première fois parce qu'on l'a sacralisée pour elles. Elles sacralisent ce moment comme s’il fallait nécessairement le faire avec quelqu’un qui soit à la hauteur, qui les respecte, qui les aime. Bien sûr, c’est toujours mieux quand les choses se passent comme ça. Mais on peut aussi se dire que l’on raconte sa propre histoire, et qu’on le fait avec quelqu’un d’abord parce que l’on se respecte et non parce que l’autre nous respecte.

Une première fois ratée peut-elle générer un traumatisme ?

Les personnes qui ne s’en remettent pas ont souvent en amont une idée particulière de la sexualité, l’impression qu’elles ne seront pas en capacité d’en faire quelque chose d’intéressant. La première fois en devient la démonstration et toutes les fois qui suivent aussi.

Pour dépasser ça, il faut s’interroger sur la valeur que l’on pourrait se donner : est-ce que l’on envisage sa féminité comme quelque chose de respectable ? À partir de là, il faut aller vers quelqu’un qui représente ce que l’on peut se promettre de judicieux pour soi, et essayer d’écrire une histoire qui soit suffisamment jolie pour laisser derrière ce qui n’a pas été abouti.

Beaucoup de jeunes filles, par exemple, vont le faire quand elles sont en vacances, à l’étranger. Comme s’il fallait laisser ça loin derrière soi, après l’avoir fait avec quelqu’un qu’on ne reverra surtout pas…"