Semaine de la francophonie : "Le partage de la langue, c'est le meilleur remède contre la peur"

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Enseignante bénévole auprès de migrants, Marie-France Etchegoin évoque sur Europe 1 l'apprentissage du français, moyen de partage pour des destins brisés et promesse d'un avenir meilleur.
INTERVIEW

Journaliste, écrivain, et enseignante bénévole depuis près de deux ans dans un centre d'hébergement pour demandeurs d'asile, Marie-France Etchegoin publie J'apprends le Français, chez Jean-Claude Lattès. À l'occasion de la semaine de la langue française et de la francophonie, elle vient partager son expérience au micro de la matinale Europe 1. "Le partage de la langue c'est le meilleur remède contre la peur, nos peur à nous en tant que pays d'accueil et leur peur à eux aussi", explique-t-elle.

"L'une des langues les plus difficiles du monde". "Ces demandeurs d'asile qui viennent du fin fond de l’Érythrée ou de l'Afghanistan seront bientôt les porte-parole de la langue française", assure Marie-France Etchegoin. "Ce sont déjà des défenseurs de la langue française, ils ont une soif d'apprendre cette langue qui est absolument extraordinaire", et ce alors même que certains ne maîtrisent même pas son alphabet, pointe-t-elle. "C'est l'une des langues les plus difficiles du monde, [...] le Français est semé de pièges".

 

Un passé plein de douleurs. Alors que nombre de ses élèves ont vécu des situations tragiques avant d'arriver jusqu'en France, l'apprentissage de la langue est aussi une manière pour ces déracinés de se ressaisir de leur histoire personnelle, et de mettre des mots sur certains drames. "Pour apprendre le passé, quand l'un me dit "J'avais un frère au Soudan", il utilise l'imparfait… ça veut dire que son frère a été assassiné", souffle Marie-France Etchegoin.

un avenir plein de promesses. Désormais, la langue de Molière devient pour ces migrants la promesse d'une intégration, et donc d'une vie meilleure. "J'avais peur de leur enseigner le futur, mais le futur, ils adorent parce qu'ils ont une foi extraordinaire en l'avenir", se réjouit l’enseignante bénévole. "Malgré ce passé traumatique et cet avenir totalement incertain, parce qu'ils ne sont pas sûrs d'avoir leurs papier, ils s'accrochent totalement à cette langue".