Quatre questions sur la disparition annoncée du ticket de caisse en papier

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© THOMAS SAMSON / AFP
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C'est systématique : une fois vos achats payés, les commerces délivrent un ticket de caisse en papier. Un réflexe que veulent enrayer plusieurs députés LREM.

Est-ce la fin du ticket de caisse dans sa version papier ? Alors que de plus en plus de magasins proposent de vous l'envoyer par mail, une proposition de loi vient même d'être faite par une trentaine de députés pour arrêter d'imprimer automatiquement le ticket de caisse. L'enjeu est à la fois environnemental et financier. On vous explique.

Quel impact écologique pour quelle utilité ?

À première vue, il ne s'agit que d'un petit bout de papier de quelques centimètres. Mais l'addition de ces rouleaux donne un chiffre colossal. Rien que pour les magasins de l'enseigne Auchan, 110.000 kilomètres de papier sont imprimés chaque année, soit l'équivalent de trois fois le tour de la Terre.

Ce chiffre exorbitant est d'autant plus effrayant que la durée de vie d'un ticket de caisse ne dépasse pas quelques secondes. C'est d'ailleurs l'un des arguments mis en avant par la députée LREM Patricia Mirallès, à l'origine de cette une proposition de loi. "Quand vous allez faire des petites courses, vous ne regardez pas le ticket de caisse. Il faudrait commencer comme ça : que toutes les personnes qui ne souhaitent pas avoir de ticket car elles vont le jeter puissent dire qu'elles n'en veulent pas."

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Quel résultat pour les enseignes qui abandonnent le papier ?

Certains magasins bio, comme La Vie Claire, propose déjà à leurs clients de ne pas imprimer leurs tickets de caisse. Et ça fonctionne, puisque l'enseigne s'est rendue compte que 8 clients sur 10 ne prenaient pas le récapitulatif papier de leurs achats.

Par ailleurs, dans plusieurs magasins de vêtements, comme Gap, Uniqlo, Etam ou encore Promod, on propose aux clients de leur envoyer leur ticket de caisse par mail. Mais attention, si la démarche peut sembler pleinement écologique, elle est aussi le moyen pour les enseignes de récupérer votre adresse mail pour cibler les envois de publicités.

Le mail est-il vraiment plus écolo ? 

Mais est-on vraiment sûr que c'est plus écolo d'envoyer un mail que d'imprimer un ticket de caisse ? Envoyer un ticket par mail a aussi un impact environnemental. "Un mail avec un ticket de caisse dématérialisé c'est 5 grammes de gaz à effet de serre et 3 centilitres d'eau. Le même ticket de caisse au format papier : on va être sur 2 grammes de gaz à effets de serre et 5 centilitres d'eau", analyse Frédéric Bordage, spécialiste en numérique responsable. "Donc on a moins de gaz à effet de serre sur le ticket papier mais plus d'eau. Et moins d'eau sur le ticket dématérialisé mais plus de gaz à effet de serre", poursuit-il.

Ça revient donc à près au même, mais il y a peut-être une solution, qu'utilisent déjà certains opérateurs téléphoniques : pas d'impression papier ni d'envoi par mail, mais on vous met la facture à disposition sur votre compte client sur Internet. Et c'est vous qui allez la consulter, si besoin. Ça règle le problème de la consommation d'eau ET des gaz à effet de serre.

La grande distribution serait-elle prête à changer ?

Les hyper et supermarchés, qui sont évidemment ceux qui impriment le plus de tickets, réfléchissent peu à peu à adopter ce mode de fonctionnement. Mais on sent qu'il y a encore des résistances. D'abord, lorsque le caissier vous tend votre ticket de caisse, il en profite pour vous donner des bons de réduction, et la grande distribution veut pouvoir continuer à le faire. Par ailleurs, si la mesure était adoptée, il faudrait changer toutes les caisses qui impriment automatiquement les tickets, et cela coûterait très cher. Enfin, certaines chaînes comme Système U n'y sont pas du tout favorables, car cela "va creuser le fossé numérique." "Tout le monde n'a pas encore Internet à la campagne", nous explique-t-on.

Malgré tout, la proposition formulée par les parlementaires intéresse la secrétaire d'État Brune Poirson, qui pourrait même l'intégrer à la future loi sur l'économie circulaire qui devrait être discutée au printemps.

Europe 1
Par Maud Descamps, édité par Anaïs Huet