Quatre ans de prison dont un ferme pour avoir blessé par balle le harceleur de son fils

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© DAMIEN MEYER / AFP
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Un homme a été condamné lundi à Créteil à quatre ans de prison dont trois avec sursis pour avoir tiré au fusil sur un jeune qui "harcelait" son fils.

"On n'est pas au Far-West", selon les mots du tribunal : un homme a été condamné lundi à Créteil, dans le Val-de-Marne, à quatre ans de prison dont trois avec sursis pour avoir tiré au fusil sur un jeune qui "harcelait" son fils.

"Je voulais juste lui faire peur"

Début septembre 2016 vers 22h dans une cité de Vitry-sur-Seine, Maurice V. descend de chez lui, fusil de chasse à la main et 2,3 grammes d'alcool dans le sang. Avec son fils de 16 ans, il se dirige vers un groupe de jeunes sur le parvis. "C'est lequel ?", demande-t-il à son fils. Ce dernier pointe du doigt Adrian (prénom modifié), 15 ans. "Je voulais juste lui faire peur", dira aux enquêteurs Maurice V., aujourd'hui 67 ans. "J'ai n'ai ni visé, ni tiré, le coup est parti, ça m'a surpris", assure-t-il à la barre, provoquant l'exaspération du tribunal, sceptique.

Une balle traverse la cuisse d'Adrian, des éclats touchent un passant. Adrian crie de douleur; Maurice V. et son fils quittent les lieux. Ils dînent au Mc Donalds, puis vont dans un bar où Maurice V. boit deux bières avant d'être interpellé par la police.

"Pendant des mois et des mois on avait peur"

Pour s'adresser au tribunal, il a retiré le masque de protection médical de sa bouche et posé ses béquilles. Il prévient qu'il est affaibli par deux cancers mais son ton est ferme : "Le problème, il est clair. Pendant des mois et des mois on avait peur". Maurice V. évoque le "véritable enfer" que vivait son fils, "harcelé" selon lui, et passé à tabac quelques jours plus tôt par Adrian.

Son fils avait "osé" porter plainte et était "banni" de la cité. "Ils le cherchaient à la sortie de l'école, il ne pouvait plus sortir de la maison, c'était invivable. Il fallait que ça s'arrête", soutient celui qui n'évoque de regrets que quand on lui en demande. "Il a pété un plomb. Ce n'est pas une excuse, mais est-ce qu'on peut entendre ce qu'il se passe dans ces cités-là, dans ce que même la police appelle des zones de non-droit ?", demande son avocate Aurélie Tancelin. À la barre Adrian lui, ne s'étend pas sur les faits. "Je ne peux plus courir, je ne peux plus me mettre en short l'été à cause de la greffe", dit-il quand on l'interroge sur sa blessure. Il admet être "traumatisé, un peu". "C'est pas fréquent de se faire tirer dessus à 15 ans".