Après les pillages et les dégradations du week-end, les commerçants marseillais tentent de mesurer l’ampleur des dégâts. Entre sentiment d’abandon et colère face au manque de moyens policiers, certains estiment que le désastre aurait pu être évité et demandent des comptes au gouvernement.
Des vitrines brisées, des magasins dévalisés, des patrons et des employés choqués… Les commerçants font partie des principales victimes de ce week-end chaotique. Au moins 3.000 commerces ont été touchés par des dégradations et des pillages au cours des deux derniers jours, pour des dégâts estimés à plusieurs centaines de millions d’euros.
Au-delà du choc, beaucoup éprouvent un terrible sentiment d’abandon, avec l’impression de ne pas avoir pu compter sur la protection de l’État, comme l’a constaté Europe 1 dans les rues de Marseille.
30.000 pilleurs à Marseille
Désemparés dans des boutiques ravagées et vidées de leurs marchandises, de nombreux commerçants, comme Éric, s’interrogent. "Je pense qu’il manquait quand même un peu de police, mais je pense qu’ils n’auraient pas pu faire grand-chose. Les jeunes, ils n’ont plus peur de la police comme nous, on avait peur. On baissait la tête. Ils n’ont plus peur de les confronter, de les frapper. Avec les portables, ils communiquent entre eux, donc c’est compliqué", déplore-t-il.
D’autres, comme Corinne Innesti, présidente de l’organisation patronale Les Entrepreneurs 13, estiment que le désastre aurait pu être évité et demandent des comptes au ministre de l’Intérieur. "D’abord, qu’on nous explique pourquoi il y a eu si peu de moyens. Nous, on ne peut pas comprendre que ce soit réduit à quelques compagnies de CRS", s’indigne-t-elle.
Selon la préfecture, les 800 membres des forces de l’ordre déployés sur place ont dû faire face à 30.000 pilleurs. Mais, pour Arnaud Blaise, représentant marseillais du syndicat de police Un1té, le manque d’effectifs n’explique pas tout. "On peut être sous-dimensionné et faire notre travail correctement et intimider, entre guillemets, les casseurs. Si on répond, si on montre qu’on est présent et qu’on arrête de reculer en permanence. Mais il faut des ordres clairs, ça nous protège. On disait : 'Allez-y les gars, on y va et maintenant la force doit rester à la loi'", insiste le policier.
Le syndicaliste souligne également que les forces de l’ordre ont notamment manqué de munitions à certains moments forts de la journée.