A bout, une directrice d'école témoigne : "Pour ma santé, il est nécessaire que je quitte le système de l'Education nationale"

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Après le suicide d'une directrice d'école la semaine dernière, la moitié des écoles maternelles de Seine-Saint-Denis seront en grève aujourd'hui. Une directrice d'école de l'Hérault témoigne au micro d'Europe 1 de son ras-le-bol et de son envie de démissionner.  
TÉMOIGNAGE EUROPE 1

Un SOS est lancé par les directeurs des écoles maternelles de Seine-Saint-Denis. La moitié des établissements du département devrait être fermée ce jeudi. La semaine dernière, un drame s'est noué dans une école maternelle de Pantin : Christine Renon, la directrice de 58 ans, s'est suicidée dans les locaux de l'établissement. Avant son geste, elle avait témoigné par écrit des difficultés de ses fonctions au quotidien.

>> Europe 1 a rencontré une directrice d’école au bout du rouleau, dans l’Hérault, qui témoigne anonymement des difficultés de son métier. Et dit comprendre le suicide de sa collègue :

"A l'heure actuelle, on est confronté à un amoncellement de tâches qui ne font pas partie normalement du métier d'enseignant : assurer la sécurité des entrées et des sorties dans une école, répondre à des enquêtes numériques, jouer l'interface d'assistante sociale envers les parents d'élèves qui demandent de l'aide pour trouver le numéro d'un orthophoniste, le numéro d'une circonscription d'action sociale. 

On a également des gestes professionnels qu'on n'incarnait pas avant : donner des médicaments sur temps scolaire comme de la Ventoline. Malheureusement, on endosse un multitude de responsabilités au quotidien qui représentent un morcellement du mois professionnel qui engendre un épuisement psychique. A l'heure actuelle, une collègue s'est tuée dans son école ! C'est quand même très très fort. Elle s'est tuée sur son lieu de travail parce qu'elle était en surcharge de travail quand même ! 

Pour moi, la réformite aiguë des gouvernements successifs depuis que l'éducation nationale existe ne fait qu'empirer le mal-être au travail. Cette année nous sommes très mauvais en mathématiques, nous devons donc mettre en place le plan Villani. L'année dernière, nous étions très mauvais en langues, les rapports de l'OCDE le confirment. L'année prochaine, nous serons très mauvais en sport donc on va réintégrer le savoir nager, le porter secours… et voilà, tous les enseignants sont confrontés à des instructions officielles, des circulaires qui ne cessent de changer d'une année sur l'autre, voire deux fois par an. 

A l'heure actuelle, le système se gangrène, se nécrose de l'intérieur, c'est-à-dire qu'il y a beaucoup de mots tabous, il ne faut pas parler de ce qui fâche, du mal-être au travail. Vous avez en général une réponse institutionnelle qui va être l'inspection, l'évaluation, c'est-à-dire un mode de fonctionnement et un mode d'évaluation qui est très infantilisant et culpabilisant à l'égard des personnels de l'éducation nationale qui ont pourtant eu un concours. Vous allez être bien noté si vous êtes dans les clous et si vous ne dites pas ce qui ne va pas. 

Pour ma santé, il est fortement nécessaire que je quitte le système de l'éducation nationale. J'espère vraiment me reconvertir. Actuellement, le système éducatif français ne mérite pas les enseignants qui s'y investissent qui sont des gens bienveillants, dans l'empathie, qui ont le goût de l'effort, le goût de la réussite des élèves. Je pense que les gouvernants successifs n'ont pas pris la mesure de la qualité des professionnels que nous sommes sur le terrain."