Perturbateurs endocriniens : l'action de l'État jugée positive, mais "à amplifier"

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Malgré une action de l'État jugée positive, les travaux de recherches menés en France sont menacés par un tarissement des financements, note un rapport.
Malgré une action de l'État jugée positive, les travaux de recherches menés en France sont menacés par un tarissement des financements, note un rapport. © JOEL SAGET / AFP
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Un rapport remis en janvier au gouvernement et dévoilé vendredi par "Le Monde" résume les dégâts causés par les perturbateurs endocriniens. Et dresse un bilan de l'action de l'État engagée depuis 2014.

Selon Le Monde, c'est "l'un des premiers textes officiels décrivant les problèmes posés" par les perturbateurs endocriniens, ces pesticides susceptibles d'agir sur le système hormonal. Le quotidien révèle vendredi les conclusions du rapport remis courant janvier au gouvernement, qui l'avait commandé en août 2017. Le document, pas encore rendu public, dresse un bilan plutôt positif de l'action engagée par la France depuis 2014 et accuse l'UE de ne pas prendre la mesure du problème.

Des risques sur la santé. Présents dans de nombreux produits de la vie courante, comme les cosmétiques et les jouets, les perturbateurs endocriniens peuvent avoir pour conséquence sur la santé "la baisse de la qualité du sperme, l'augmentation de la fréquence d'anomalies du développement des organes ou de la fonction de reproduction, l'abaissement de l'âge de la puberté". Le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) et du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), note aussi le risque de voir survenir "certains cancers hormono-dépendants, ainsi que des cas de diabète de type 2, d'obésité ou d'autisme". "Le lien de causalité reste souvent difficile à établir", notent cependant les trois institutions.

L'action de la France "à amplifier". La stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens, adoptée en avril 2014, a quant à elle donné des résultats positifs, bien que ceux-ci "restent le plus souvent à amplifier", juge le rapport. Retrait du bisphénol A – le perturbateur endocrinien le plus répandu – des tickets de caisse, renforcement des contrôles ciblant la présence de phtalates dans les jouets, soutien à l'innovation industrielle : l'initiative de l'État français est l'une des trois seules de ce type en Europe, avec la Suède et le Danemark. Mais les travaux de recherches menés en France sont menacés par un tarissement des financements. Les rapporteurs soulignent aussi une surveillance des sols "quasi inexistante" et une surveillance de l'air "très en retard comparée à la surveillance de l'eau".

L'UE épinglée. Si le constat est donc plutôt nuancé à l'échelle nationale, il est beaucoup plus accablant à celle du continent, alors que l'Union européenne avait été condamnée en décembre 2015 pour son retard sur la question. "À ce jour, les textes réglementaires de l’UE ne permettent pas d’exclure les perturbateurs endocriniens", assènent ainsi les rapporteurs. En décembre dernier, un nouveau texte établissant les critères de définition des perturbateurs endocriniens a néanmoins été adopté par ses États membres. Le Conseil et le Parlement européens doivent encore donner leur feu vert au texte. La Commission table, si tout est approuvé rapidement, sur une application des critères courant 2018.