Nordahl Lelandais "n'avoue que lorsqu'il est mis au pied du mur"

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Confronté à des preuves matérielles irréfutables, Nordahl Lelandais a fini par sortir de son mutisme et reconnaître sa responsabilité dans l'assassinat du caporal Arthur Noyer. D'autres affaires pourraient être reliées au suspect.

INTERVIEW

Nordahl Lelandais ne pouvait plus nier les preuves matérielles auxquelles les enquêteurs le confrontaient. Jeudi, l'ancien maître-chien dans l'armée, âgé de 35 ans, a avoué avoir tué Arthur Noyer, 23 ans. 

Mis en examen en décembre dernier pour l'assassinat du jeune caporal, Nordahl Lelandais avait seulement admis l'avoir pris en stop à la sortie d'une boîte de nuit à Chambéry, dans la nuit de sa disparition du 11 au 12 avril 2017. Sans jamais consentir à avouer l'avoir tué, malgré la découverte des ossements de la victime, et des expertises téléphoniques indiquant le bornage de son téléphone aux mêmes mêmes endroits et aux mêmes moments que celui du caporal.

Des aveux conditionnés aux preuves irréfutables. Pour Stéphane Bourgoin, spécialiste des tueurs en série et du profilage criminel, Nordahl Lelandais n'a pas "libéré sa parole". "C'est un caméléon, un manipulateur et un menteur", juge-t-il au micro d'Europe 1, vendredi matin. "Apparemment, il a aussi menti à son avocat, Me Jakubowicz. Il n'avoue que lorsqu'il est mis au pied du mur, face à une preuve irréfutable. Jusqu'à présent, il n'avait fait que donner des explications qui, en apparence, pouvaient paraître logiques", explique l'expert. Le meurtrier présumé "adapte sa défense au fur et à mesure que les enquêteurs vont découvrir des choses. S'ils l'ont interrogé hier, c'est probablement qu'ils avaient un certain nombre de preuves déterminantes, autres que le bornage téléphonique". 

Des analystes comportementaux pendant l'interrogatoire. Les aveux de vendredi rappellent inévitablement l'affaire Maëlys. Après avoir été mis face à de nouveaux éléments accablants, Nordahl Lelandais a fini par avouer mi-février l'avoir tuée "involontairement", selon sa défense. De fait, pour obtenir les confessions de Lelandais, les enquêteurs ont dû faire appel à une technique d'interrogatoire canadienne. Stéphane Bourgoin décrit la scène : "le suspect est interrogé dans un face-à-face. Mais dans une pièce voisine se trouvent des gendarmes du département des sciences du comportement qui vont analyser son vocabulaire, et son comportement non-verbal. Reliés à l'interrogateur par micro, ils vont orienter les questions". Selon les Canadiens, cette technique d'interrogatoire obtient 30% de résultats positifs de plus qu'un interrogatoire traditionnel.

Entendu sur europe1 :
Les enquêteurs travaillent sur au moins quatre ou cinq affaires, où l'on pense qu'il est peut-être impliqué

Retracer ses déplacements. Parallèlement, les enquêteurs du pôle judiciaire de Pontoise, réunis au sein de la cellule Ariane, travaillent à retracer avec précision le parcours de Nordahl Lelandais depuis quinze ans. Chacun de ses déplacements est passé au peigne fin, et mis en perspective avec les disparitions signalées dans les zones concernées. "Les enquêteurs travaillent sur au moins quatre ou cinq affaires, où l'on pense qu'il est peut-être impliqué", souligne Stéphane Bourgoin. "On sait qu'il allait souvent voir des membres de sa famille autour de Bagnols-sur-Cèze, qu'il aimait beaucoup faire la fête dans l'Hérault. On va essayer d'examiner toutes les disparitions qui peuvent paraître inquiétantes, aussi bien pour des femmes, des fillettes ou des hommes, puisqu'il est bisexuel", précise le spécialiste.

Des dossiers rouverts. "En général, les tueurs en série s'attaquent à un type spécifique de victimes. Mais comme Michel Fourniret ou Francis Heaulme, on peut avoir des cas atypiques de tueurs qui vont s'attaquer à des victimes de sexe et d'âge différent", indique-t-il. Pour l'heure, le procureur a rouvert deux enquêtes sur des disparitions dans la Drôme : celle d'Eric Follet, 48 ans, disparu le 16 décembre 2016, et celle de Nelly Balmain, 29 ans, disparue en 2011. "On le suspecte aussi dans la disparition d'un cuisinier originaire de Namur, qui avait assisté au même festival de musique électronique que lui, où il y a d'ailleurs eu une autre disparition l'année suivante", ajoute Stéphane Bourgoin.

Or, avant que le suspect ne reconnaisse son éventuelle responsabilité dans ces disparitions, il faudra lui présenter des preuves qu'il ne peut discuter.