Plus de 160.000 manifestants sont descendus dans les rues hier, à l’occasion d’une nouvelle journée de mobilisation lycéenne. Si ce chiffre en baisse peut traduire une volonté de reprendre les cours, certains élèves dénoncent des pressions et des intimidations au sein de leur établissement. Reportage dans un lycée toulousain.
La mobilisation lycéenne marque le pas. Avec plus de 160.000 manifestants recensés ce mardi, selon les chiffres communiqués par les autorités, la contestation reste importante, mais elle rassemble moins de participants que la semaine dernière. Ils étaient alors 100.000 de plus dans les rues.
Cette baisse pourrait témoigner d’un essoufflement du mouvement et d’une volonté, pour une partie des élèves, de retrouver le chemin des salles de classe. Mais derrière les chiffres, la situation reste complexe dans certains établissements, où les blocus continuent de diviser les lycéens.
Car si certains choisissent de se mobiliser, d’autres préfèrent poursuivre leur scolarité. Une décision qui n’est pas toujours acceptée par leurs camarades.
"J’ai juste envie qu’on me laisse aller en cours"
Dans un lycée toulousain considéré comme sensible, un élève de terminale a fait le choix de ne jamais participer aux blocus. Une neutralité qu’il revendique, mais qui lui vaut parfois des pressions.
"Moi, dans mon lycée, ils mettent le feu aux poubelles et dès que je vois qu’il y a un blocus, je rentre chez moi. Donc, ils insistent beaucoup. Forcément, je leur dis non", raconte-t-il. Avant de décrire une situation particulièrement intimidante : "Aujourd’hui, on m’a pris le bras carrément pour faire le blocus. Sauf que moi, j’étais un peu gêné vu que je ne me sens pas tant concerné que ça".
Pour cet élève, il ne s’agit pas nécessairement de rejeter les revendications du mouvement, mais de ne pas s’y associer lorsqu’elles ne correspondent pas à ses convictions. Pourtant, le simple fait de vouloir rester à l’écart semble parfois suffire à créer des tensions.
Une peur des représailles
En classe de seconde, une autre lycéenne a également choisi de ne pas prendre part à la mobilisation. Elle souhaite conserver l’anonymat, par crainte des réactions de ses camarades.
Au départ, elle envisageait pourtant de participer aux blocus. Mais les dégradations observées et les risques liés aux rassemblements l’ont fait changer d’avis. "Quand j’ai vu les autres casser et brûler, j’en ai parlé à mon père. Et mon père, il n’a pas voulu parce que c’était trop risqué d’y aller", explique-t-elle.
Les images et les témoignages diffusés sur les réseaux sociaux ont également pesé dans sa décision. Elle dit notamment être mal à l’aise face aux insultes adressées aux forces de l’ordre : "Ils font leur travail. Puis même, je les vois, ils sont insultés. J’ai du mal avec ça".
Mais exprimer cette opinion au sein de son lycée reste difficile. La jeune fille craint que ses propos ne se retournent contre elle et redoute d’éventuelles agressions. "J’ai envie d’en parler parce qu’après, ça va se retourner contre moi, ça peut engendrer des agressions. J’ai juste envie qu’on me laisse aller en cours, c’est pas possible", confie-t-elle.