L'opération Sentinelle mobilisée pour l'acte 19 : "En aucun cas les militaires ne sont faits pour ça"

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Pour le colonel Michel Goya, historien et stratégiste militaire, les soldats de l'opération Sentinelle, qui vont être mobilisés en marge de l'acte 19 des "gilets jaunes", ne sont pas formés pour faire face à des manifestants.
INTERVIEW

Après les débordements de samedi à Paris, l'exécutif annonce la mobilisation des militaires de l'opération Sentinelle pour l'acte 19 de la grogne des "gilets jaunes". Ils seront chargés de sécuriser les bâtiments pour permettre aux forces de l'ordre de se concentrer sur le maintien de l'ordre. "C'est la première fois que l'on utilise cette opération Sentinelle, même indirectement, dans le cadre d'un conflit social et pour appuyer des forces de maintien de l'ordre", décrypte au micro de Matthieu Belliard, sur Europe 1, le colonel Michel Goya, historien et stratégiste.

"Nous ne pouvons pas laisser une infime minorité violente abîmer notre pays et détériorer l’image de la France à l’étranger", a justifié de son côté Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, au sortir du Conseil des ministres. "Sentinelle est une mission anti-terroriste. A-t-on entendu parler d'un danger terroriste particulier en ce moment, et qui justifierait l'extension de la mission sentinelle ? Non, pas à ma connaissance", s'étonne Michel Goya.

Un mésusage des forces armées

"On est dans un conflit social et politique intérieur, en aucun cas les militaires ne sont faits pour ça", pointe ce spécialiste des questions de défense. "Les militaires ne sont pas prévus pour faire une mission de maintien de l'ordre, ce n'est pas du tout leur métier et leur mission", insiste-t-il, tandis que l'exécutif a fait savoir qu'il s'agissait d'abord de "sécuriser les points fixes et statiques", plutôt que d'encadrer les manifestants. "Indirectement, [les militaires] vont être là pour remplacer des policiers dans leur mission de protection. Ils vont donc faire une mission attribuée aux forces de police, et dans un cadre qui ne rentre en rien dans le cadre de la guerre contre le djihadisme", oppose Michel Goya.

 

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C'est en effet la première fois depuis les grandes grèves de 1947 que l'on va retrouver des forces militaires sur le territoire métropolitain pour encadrer une manifestation. "Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, on a créé des unités spécialisées dans le maintien de l'ordre, précisément pour éviter d'engager des militaires dans ces missions, parce que ça a fait des dégâts considérables avant la guerre. Ce n'est pas pour rien qu'on les exclut", explique encore notre spécialiste.

Un risque de dérapage face aux "gilets jaunes " ?

Pas plus qu'ils n'en ont les compétences, les soldats de l'opération Sentinelle n'ont pas le matériel adéquat pour assurer dans de bonnes conditions une mission de maintien de l'ordre, explique Michel Goya. "L'équipement, l'entrainement et la formation du soldat n'ont pas été faits pour faire face à des gens qui vont jeter des cailloux ou des boules de pétanques…", ces militaires étant notamment "équipés d'armes de guerres, de fusils d'assaut, et de matériel de protection balistique…"

"Dans l'absolu, ils ont le droit, comme les policiers et les gendarmes, de défendre par les armes leur sécurité et leur vie, celles des camarades et d'autres citoyens", ajoute Michel Goya, avant de nuancer : "ils ne tireront pas dans la foule, mais c'est placer nos soldats face à une situation de risque. Ils sont fait pour prendre des risques, mais pas face à d'autres Français."