L'OMS reconnaît officiellement l'addiction aux jeux vidéo comme une maladie

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Un an après l'avoir définie, l'Organisation mondiale de la santé a officiellement reconnu l'addiction aux jeux vidéo comme une maladie, et ce alors que le débat fait toujours rage dans la communauté scientifique.

Le débat de l’impact des jeux vidéo sur la santé physique et mentale n’est pas nouveau, mais l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a tranché : elle vient d'intégrer l’addiction aux jeux vidéo dans sa liste des maladies reconnues. Réunis en Assemblée mondiale, les États membres ont estimé qu'il fallait aller plus loin que la précédente classification, qui faisait simplement état de jeu "pathologique".

L'addiction, ou quand le jeu empiète sur notre vie

Selon les mots employés par l’OMS, l'addiction aux jeux vidéo est "un comportement (…) qui se caractérise par une perte de contrôle sur le jeu, au point que celui-ci prenne le pas sur d’autres centres d’intérêt et activités quotidiennes, et par la poursuite ou la pratique croissante du jeu en dépit de répercussions dommageables". Ce trouble ne touche qu’une petite partie des joueurs, 2 à 4% selon les estimations. Cette définition s'inscrit dans la nouvelle classification des maladies reconnues, appelée CIP-11, déjà publiée l'an dernier et officiellement adoptée au cours de cette 72ème Assemblée mondiale. Elle entrera en vigueur le 1er janvier 2022.

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Où se situe la limite entre temps de jeu excessif (tous les gamers ont déjà passé un peu trop de temps sur un jeu) et véritable addiction ? L'OMS rappelle à ce titre que "tout joueur doit être attentif au temps passé sur les jeux, en particulier si ses activités quotidiennes en pâtissent, ainsi qu’à tout changement physique ou psychologique, sur le plan social et celui de sa santé, qui pourrait être attribué à un comportement de jeu". Autrement dit, le jour où vous refusez de sortir avec vos amis pour finir un jeu, c’est le signe que vous avez un comportement pathologique vis-à-vis des jeux vidéo et qu’il est temps de décrocher.

Un débat toujours très vif

Cette décision de l'OMS a provoqué de vives réactions. Le S.E.L.L., le syndicat français des éditeurs de jeux, l’a qualifiée d’"injustifiée". Comme d’autres syndicats du secteur, il estime que l’existence d’une addiction aux jeux vidéo n’est pas appuyée par des preuves assez solides. Il préfère donc parler de "pratique de jeu à risque". "La notion de 'trouble du jeu vidéo' de l’OMS ne repose sur aucune preuve suffisamment solide justifiant son intégration dans l’un des outils normatifs les plus importants de l’OMS.  Une fois ajoutées à la liste, ces notions peuvent y rester, à tort, pendant des années", regrette de son côté la Fédération européenne des éditeurs de logiciels interactifs.

Il faut dire que la communauté scientifique elle-même est divisée sur le sujet. Une partie estime que l’on peut parler d’addiction aux jeux vidéo car jouer trop longtemps peut entraîner des symptômes qu’on retrouve dans d’autres addictions, comme les sautes d’humeur, l’anxiété voire la dépression. C'est sur cette base que l'OMS a fondé sa décision. "Après avoir consulté des experts dans le monde entier, et avoir examiné la littérature de manière exhaustive, nous avons décidé que ce trouble devait être ajouté", avait ainsi expliqué le directeur du département de la Santé mentale et des toxicomanies de l'OMS, Shekhar Saxena, l'an dernier.

Mais tous les médecins ne sont pas de cet avis. Pour certains, le terme d’addiction n’est pas adapté. Selon une étude publiée en 2018 par des chercheurs des universités d’Oxford, Johns-Hopkins, de Stockholm et de Sydney, intitulée "Une base scientifique faible pour le trouble du jeu vidéo : restons du côté de la prudence", contrairement au tabac ou à l’alcool, rien n'indique que c'est le jeu en lui-même qui crée l’addiction. Il pourrait n'être que l’expression de pathologies préexistantes : vous avez des troubles dépressifs donc vous enfermez dans le jeu vidéo, pas l’inverse. Autant le dire : malgré la décision de l’OMS, le débat est loin d’être clos.