Les situations d'utilisation des grenades contre des "gilets jaunes" "sont illégales", assure une avocate

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Pour l'une des avocates qui déposent plaintes contre ces violences policières infligées aux "gilets jaunes", Me Ainoha Pascual, qui défend un client dont la main a été arrachée par un tir de grenade lors de la manifestation du 24 novembre à Paris, cette démarche va permettre de dénoncer la responsabilité individuelles des forces de l'ordre.

INTERVIEW

Après les violences qui ont émaillé les manifestations des 24 novembre et 1er décembre à Paris, des avocats ont décidé de déposer des plaintes pour plusieurs "gilets jaunes" qui affirment avoir été "blessés" par des tirs de grenade. Au micro d'Europe 1, l'une de ces avocates, Me Ainoha Pascual, défend Gabriel, 21 ans, qui se destinait à une carrière de chaudronnier mais dont la main a été arrachée samedi 24 novembre, lors de la première journée de manifestation à Paris.

À "forte distance des forces de l'ordre". "Il s'était rendu en famille" à la manifestation dans la capitale, raconte l'avocate au micro de Raphaëlle Duchemin. "Ils se sont baladés toute la journée dans Paris et ont fini par arriver à proximité des Champs-Élysées. Constatant le niveau de violence qui avait lieu sur place, ils ont souhaité s'extraire de cet endroit", mais "de nombreuses rues étant fermées par les forces de l'ordre, ils revenaient toujours au même endroit." 

Entendu sur europe1 :
Dans une vidéo filmée par son frère, on aperçoit très clairement qu'au moment où la grenade est lancée et arrive sur lui, il n'y a ni affrontements, ni manifestants violents

Là, "alors qu'ils tentaient de quitter les lieux, Gabriel a été mutilé par l'explosion d'une grenade GLI-F4" au niveau du rond-point des Champs-Élysées, dans le 8ème arrondissement de Paris. L'avocate affirme détenir "une vidéo du moment où Gabriel a été blessé" : "Dans cette vidéo filmée par son frère, on aperçoit très clairement qu'au moment où la grenade est lancée et arrive sur lui, il n'y a ni affrontements, ni manifestants violents. Par ailleurs, il se situe à très forte distance des forces de l'ordre."

"Aucune responsabilité individuelle". "Il est vraiment important que ce combat soit mené collectivement parce que les blessures infligées sont très graves", insiste Me Pascual pour justifier les plaintes déposées collectivement et simultanément : "Cela nous permet dans le même temps de dénoncer auprès de l'État et du gouvernement le recours à ces armes à feu." 

"Selon moi, il n'y a aucune responsabilité individuelle qui peut être reprochée à quiconque du fait de participer à une manifestation", développe-t-elle. "On ne devrait pas se rendre en manifestation avec l'idée ou l'éventualité qu'on risque d'en ressortir blessé ou mutilé. Quant à la responsabilité individuelle des forces de l'ordre, elle va aussi se poser à un moment, puisque c'est eux, sous les ordres de leurs gradés, qui ont recours à ces grenades mais les situations [dans lesquelles des grenades sont utilisées] sont absolument déplorables et en tout état de cause illégales."

Des avocats appellent à l'abrogation des grenades GLI-F4

En plus des plaintes déposées, le collectif d'avocats a appelé jeudi le gouvernement à interdire l'emploi par les forces de l'ordre de grenades GLI-F4. Lors d'une conférence de presse, ces cinq avocats parisiens - William Bourdon, Chloé Chalot, Raphaël Kempf et Arié Alimi et Ainoha Pascual - ont annoncé "avoir décidé collectivement, au nom des personnes [qu'ils représentent], de demander très officiellement au Premier ministre d'abroger le décret qui permet aux forces de l'ordre d'utiliser les grenades GLI-F4". "S'il refuse d'abroger le décret qui autorise les GLI-F4, nous attaquerons son refus devant le tribunal administratif. S'il ne répond pas, nous attaquerons également son absence de réponse devant le tribunal administratif pour obtenir judiciairement l'interdiction de ce type de grenade", a-t-il poursuivi.