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Les internautes français se confient à l'IA... mais craignent pour leurs données personnelles

[Mathieu Thomasset / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP]

Ils savent qu’ils devraient être prudents, mais continuent pourtant à se confier aux chatbots. Un sondage réalisé auprès de plus de 4.000 utilisateurs d’intelligence artificielle révèle un paradoxe : les internautes accordent une place croissante à l’IA dans leurs conversations personnelles, tout en ayant une confiance limitée dans les entreprises qui les développent.

L’argent, la santé mentale, les difficultés professionnelles, les relations ou encore la sexualité font désormais partie des sujets que certains utilisateurs abordent avec un chatbot. Selon l’étude publiée par Proton le 24 septembre 2026, 66 % des personnes interrogées déclarent avoir déjà évoqué au moins un sujet sensible avec une IA.

Une IA à qui l’on confie de plus en plus de choses

L’image du chatbot cantonné aux questions pratiques ou à la rédaction de textes semble progressivement appartenir au passé. Les utilisateurs interrogés déclarent également solliciter l’intelligence artificielle pour des questions beaucoup plus personnelles.

Les finances personnelles, la santé mentale et les difficultés professionnelles figurent parmi les sujets sensibles les plus fréquemment abordés. D’autres thèmes apparaissent également, comme les relations, la sexualité, les secrets personnels, l’attirance amoureuse ou encore les conflits familiaux.

Le phénomène varie toutefois selon les pays. Aux États-Unis, 68,4 % des utilisateurs interrogés déclarent avoir déjà partagé des informations sensibles avec un chatbot, contre 60,3 % en France. Dans l’Hexagone, les finances personnelles arrivent en tête des sujets abordés, comme au Royaume-Uni. En Allemagne, c’est la santé mentale qui arrive en première position, tandis que les difficultés professionnelles dominent aux États-Unis.

Pourquoi parler à une IA plutôt qu’à une personne ?

Ce qui pousse les internautes à se confier à une intelligence artificielle n’est pas nécessairement la confiance qu’ils accordent aux entreprises qui la développent.

Le principal argument est plutôt la praticité. Un chatbot est disponible à tout moment, répond immédiatement et permet d'obtenir des informations sans avoir à organiser un rendez-vous ou à solliciter quelqu’un de son entourage.

L'autre facteur important est l'absence de jugement. Pour certaines questions intimes ou embarrassantes, parler à une machine peut sembler plus facile que de se confier à un proche.

La confidentialité arrive également parmi les raisons citées, mais elle n'est pas systématiquement le premier critère. Pour les questions liées au travail ou aux finances, la facilité d'utilisation domine notamment dans la plupart des pays étudiés. Pour des sujets plus personnels, comme la santé sexuelle ou l'attirance physique, la confiance, la confidentialité ou l'absence de jugement prennent davantage d'importance.

Une confiance qui reste faible

C'est ici que le paradoxe devient particulièrement intéressant. Alors que les utilisateurs sont nombreux à partager des informations sensibles avec les chatbots, la confiance accordée aux entreprises d'IA reste limitée.

Selon Proton, seuls 11 à 20 % des personnes interrogées déclarent avoir suffisamment confiance dans les entreprises d'IA lorsqu'il s'agit de leurs informations personnelles.

La France affiche le niveau de défiance le plus important parmi les quatre pays étudiés : 47,7 % des répondants français déclarent avoir peu ou pas confiance dans la capacité des entreprises d'IA à protéger les informations sensibles qu'ils partagent.

La confidentialité au cœur des préoccupations

44 % des personnes interrogées affirment qu'elles seraient davantage disposées à partager des informations sensibles si leurs conversations n'étaient pas utilisées pour entraîner des modèles d'IA. En France, cette proportion atteint 40,7 %.

L'intérêt pour les services mettant explicitement la confidentialité en avant est également important : plus de 70 % des répondants se disent intéressés par un chatbot conçu spécifiquement pour protéger leurs données personnelles, avec des résultats allant de 71,1 % en Allemagne à 82 % au Royaume-Uni.

Le paradoxe se précise donc : les internautes ne semblent pas nécessairement vouloir moins utiliser l'intelligence artificielle. Ils souhaitent plutôt pouvoir l'utiliser sans avoir à choisir entre utilité et confidentialité.