Le parcours du combattant des couples français ayant recours à la GPA

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Si la GPA reste interdite en France, on estime entre 200 et 300 le nombre d'enfants français qui naissent chaque année d'une GPA à l'étranger. Les couples ayant recours à ce système peuvent débourser jusqu'à 150.000 euros.

L'ENQUÊTE DU 8H

Le lancement des États généraux de la bioéthique la semaine dernière a relancé le débat sur la GPA en France ; le recours à des mères porteuses pour des couples hétérosexuels qui ont des problèmes de fertilité ou pour les couples homosexuels. Cette pratique reste interdite en France depuis les premières lois bioéthiques de 1994. Et pourtant, depuis 24 ans, des bébés français naissent régulièrement à l'étranger de mères porteuses.

Un phénomène difficile à quantifier. Si aucun chiffre officiel n'existe sur le nombre d'enfant nés par GPA sur le sol français, le nombre de parents qui demandent la nationalité française pour un enfant né à l'étranger est un premier indicateur. Le parquet de Nantes, qui centralise les demandes d'Etat civil des Français nés à l'étranger, révèle ainsi traiter une centaine de dossiers par an, principalement les cas les plus problématiques. Mais ils ne voient pas ceux qui passent entre les mailles du filet, ni ceux qui ne demandent pas du tout la nationalité française. Au total, on estime que 200 à 300 bébés nés par GPA arrivent par an en France, soit 2.000 à 3.000 nourrissons depuis dix ans.

Trois grandes filières. Les Etats-Unis figurent à la première place des pays vers lesquels se tournent les couples à la recherche d'une mère porteuse. La filière y est très sécurisée, mais c'est aussi la plus chère avec une facture qui peut grimper jusqu'à 150.000 euros. Des agences spécialisées mettent en relations les couples en demande d'enfants et les mères porteuses. On en compte une centaine, dont la plus réputée, Circle Surrogacy, a signé en 2017 avec 18 couples de Français.

Faute de bureau à Paris, les rendez-vous se font dans les bars des grands hôtels parisiens ou par Skype. John Weltman, le fondateur de cette agence, comprend mal pourquoi il n'a pas le droit d'avoir pignon sur rue en France : "J'espère que ça va changer, parce qu'il y a vraiment beaucoup de personnes qui veulent avoir un bébé", assure-t-il auprès d'Europe 1. Surtout, il tient à balayer les critiques qui dénoncent un business fondé sur la marchandisation du corps humain :"Beaucoup de femmes travaillent pour moi et elles aiment ce qu'elles font parce qu'elles changent la vie de ces personnes. Elles ne font pas ça pour l'argent, ce ne sont pas des putes, mais des femmes fantastiques", plaide-t-il.

Entendu sur europe1 :
Au Canada, on paye, mais on ne rémunère pas la mère

De nombreuses demandes se font également au Canada, où la filière est un peu moins chère : autour de 120.000 euros. Cédric l'a choisie pour des raisons éthiques, car là-bas, la mère porteuse n'est pas rémunérée. Elle est juste défrayée. "Si elle a besoin de s'acheter des fringues parce qu'elle prend du poids ou de faire garder son fils parce qu'elle est fatiguée, on paye, mais on ne rémunère pas la mère", explique-t-il. "Pour moi et mon mari, ça faisait tout la différence", insiste ce jeune père d'un petit Maxence.

Enfin, il existe aussi une filière dite "européenne" en plein essor, avec des mères porteuses russes ou ukrainiennes. Cette filière explose car elle est deux fois moins chère qu'aux Etats-Unis puisqu'en Russie les dépenses de santé de la mère porteuse sont prises en charge.

Un cauchemar administratif. L'argent restant l'un des principaux obstacles pour les couples qui ont recours à la GPA, beaucoup s'endettent auprès de leur famille et de leurs amis dans la mesure où les banques n'ont pas le droit de prêter de l'argent pour une GPA. Seule parade : le prêt à la consommation aux taux d'intérêts beaucoup plus élevés. Mais les banques sont aussi tenues de refuser un virement à l'étranger s'il y a suspicion de GPA. Autre point noir : la transcription de l'enfant à l'état civil français, une démarche qui peut encore durer plusieurs années.