Laurent, policier depuis 32 ans et père de famille : "Quand on épouse un policier, on épouse la Police nationale"

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PORTRAIT- Le quotidien de ce capitaine de police impacte directement celui de ses proches. Au micro d'Europe 1, il raconte comment sa vie de famille a fini par se caler sur sa vocation. 
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À première vue, c'est une famille comme les autres. Laurent vit avec son épouse et ses deux enfants dans une maison d'un petit lotissement de Corbie, à une vingtaine de minutes d'Amiens. Et rien dans cette charmante habitation ne laisse deviner l'angoisse que le métier du père - policier depuis 32 ans - fait peser sur le foyer. Ce capitaine de police, ancien de la bac, est désormais l'un des responsables du commissariat de nuit d'Amiens. Depuis plus de deux mois, la mobilisation constante des services de sécurité face au mouvement des "gilets jaunes" pèse directement sur le quotidien de sa famille. Europe 1 est allé à leur rencontre.

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La peur à chaque coup de fil. "Quand on entend le téléphone la nuit et que son mari n'est pas là, on a des peurs. Je ne voudrais pas me retrouver toute seule avec mes enfants. Et puis c'est mon mari, je l'aime", explique Sylvie, l'épouse de Laurent. "Les gens critiquent les policiers, mais quand ils en ont besoin, ils savent les appeler. Ça me met en colère parce qu'il risque sa vie pour eux, mais les gens ne le comprennent pas", déplore-t-elle.

La violence du quotidien. "Quand on épouse un policier, on épouse la Police nationale. C'est 24h/24", reconnaît Laurent. "J'arrive avec mes joies, je les transmets à tout le monde. J'arrive avec du stress, j'essaye de le cacher mais, malheureusement, on n'y arrive pas toujours. Si je rentre après une nuit chargée, je sais le lendemain que ma femme est au courant. Elle me dit au réveil : 'ta nuit a dû être mouvementée parce que tu as gigoté dans le lit'", raconte-t-il. "Un policier, dans son quotidien, n'est quasiment confronté qu'à des choses violentes : des bagarres, des accidents de la route qui sont traumatisants, la mort aussi… […] Quand on voit ses premiers cadavres, c'est marquant".

" Je suis fière parce qu'il sauve des gens, met en prison les mauvaises personnes "

"À l'école on trouve ça cool", mais... Si Charlotte, 13 ans, peut-être agacée par la surprotection de son policier de père, habitué aux faits divers, elle ne cache pas une sorte d'admiration. "Je suis fière parce qu'il sauve des gens, met en prison les mauvaises personnes. À l'école, on trouve ça cool. Surtout les garçons, ils veulent savoir si mon père tire sur des gens", raconte-t-elle. "Elle n'a pas honte de le dire parce qu'elle est dans le collège d'un petit village. Elle en parle librement. En revanche, l'année prochaine, elle va fréquenter un lycée à Amiens, il y aura plus de monde et je souhaiterais qu'elle ne le dise pas", avoue Laurent.

De père en fils. Ce policier reconnait nourrir une certaine culpabilité en raison de ce que son travail impose à sa famille. "Etre fille d'un policier ne va pas forcement être aussi bien perçu qu'en campagne. En période d'émeutes, vous pouvez être certain que la fille du policier prend pour le père. On le vit très mal, on voit son enfant partir au lycée la boule au ventre…" Et pourtant, la transmission est déjà à l'œuvre : le fils aîné de Laurent travaille aujourd'hui comme adjoint de sécurité au commissariat d'Amiens. Il passe en même temps le concours de la Police nationale. "On a un peu tiqué au début, mais maintenant, on en est fier", conclut le père.