La SNCF est-elle le "France Télécom des années 2010" ?

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© Thomas SAMSON / AFP
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Les quatre principaux syndicats de la SNCF dénoncent un climat social proche de ce qu'on connu les salariés de France Télécom à la fin des années 2000. Plongée alors dans une profonde restructuration, 35 salariés avaient mis à leurs jours.

Ils manifestent contre la réforme du rail, et en dénoncent les conséquences sociales. Près d'un an après la promulgation du "pacte ferroviaire" par Emmanuel Macron, la tension au sein de la SNCF serait telle que le syndicats n'hésitent pas à la comparer à ce qu'ont subi les salariés de France Télécom lors de l'ouverture à la concurrence.

La comparaison fait froid dans le dos, alors que le procès de l'affaire "des suicidés de France Télécom", ouvert en mai dernier, rappelle au monde entier qu'à la fin des années 2000, 35 salariés de l'entreprise se suicident et une douzaine d'autres tentent de se donner la mort. Dix ans plus tard, Sud Rail a compté une vingtaine de suicides de cheminots depuis le début de l'année. "Moi j’ai l’exemple d’un collègue qui était aiguilleur sur la région de Dijon", évoque Bruno Poncet, secrétaire fédéral du syndicat au micro d'Europe 1. "On ferme son poste, on l’envoie à environ 50 kilomètres de chez lui et au bout de six mois on re-supprime son poste. Cette personne est partie dans une forêt se suicider", explique-t-il. 

Une vingtaine de suicides depuis le début de l'année selon Sud Rail

"Ces gens se retrouvent sans boulot, ou alors on leur fait faire des boulots qui n’ont rien à voir, ou on les met parfois dans des placards. Ce qui fait qu’à un moment donné, la personne se sent réellement en souffrance dans son travail", résume-t-il. La CFDT parle de cheminots "déboussolés", "laissés au bord du rail". Même le très discret SNCS, syndicat des cadres supérieurs, reconnaît que "les personnels sont sous tension". 

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La direction de l’entreprise a ses propres chiffres sur les suicides : huit depuis 2013 ont été reconnus comme liés au travail. "C’est beaucoup de changements en même temps", concède de son côté Guillaume Pépy au micro d'Europe 1. "Il faut avoir une seule vision en tête : faire attention aux hommes et aux femmes. Et je me sens concerné le premier", explique le patron de la SNCF. Preuve d’une situation tendue, l'entreprise a fait appel aux services de Bruno Mettling, un ancien DRH qui avait eu à France Télécom le rôle du pacificateur après la vague de suicides.

Europe 1
Par François Geffrier et Aurélien Fleurot, édité par Ugo Pascolo