Affaire Lambert : "En Belgique, ses parents n'auraient pas pu s'opposer à sa femme"

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Pour Jean-Luc Romero-Michel, invité de Bernard Poirette dimanche matin, l'affaire Vincent Lambert révèle les insuffisances de la loi française en matière de fin de vie. 
INTERVIEW

Alors que l'arrêt des soins de Vincent Lambert est prévu lundi, le président de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité, Jean-Luc Romero-Michel, était l'invité de Bernard Poirette dimanche matin. Pour lui, le cas Vincent Lambert illustre les insuffisances de la loi française sur la fin de vie.

"Sa femme est la mieux placée pour décider"

"Un certain nombre de médecins se sont prononcés et ont dit clairement qu'on était dans l'acharnement thérapeutique. Sa femme demande à ce qu'on arrête cette obstination déraisonnable, et je pense qu'elle est la mieux placée pour en décider", explique le militant associatif. Pour lui, le fait que les parents de Vincent Lambert puissent entraver la volonté de son épouse est problématique. 

 

>> Chaque week-end de 6h à 9h, Bernard Poirette est aux commandes de la matinale sur Europe 1. Retrouvez le replay ici

"Dans la loi belge, si vous n'avez pas laissé de directives anticipées, et si vous n'êtes plus en mesure de vous exprimer, c'est votre conjoint qui décide. En l'absence de conjoint, ce sont les enfants adultes, en l'absence d'enfants adultes, les parents, et tout ça en cascade. La loi est claire et permet d'éviter ce genre de situations. En Belgique, les parents de Vincent Lambert n'auraient pas pu s'opposer au choix de sa femme, et on n'aurait pas passé onze ans dans cette affaire extrêmement douloureuse."

"Nous sommes l'un des pays européens où l'on meurt le plus mal"

Jean-Luc Romero-Michel appelle à un amendement de la loi Leonetti dans ce sens. "Ça ne réglera plus l'affaire Vincent Lambert, mais ça réglera des affaires qui peuvent arriver demain. Il n'est pas normal que M. Leonetti balaie ça en disant : il n'avait qu'à écrire des directives anticipées. Moi je me bats pour que les gens écrivent des directives anticipés, mais la plupart ne le font pas, donc il faut réfléchir à la suite". 

Sauf qu'en 2018, le Conseil d'État et le comité national d'éthique se sont prononcés contre toute modification de la loi. Une position "invraisemblable" pour Jean-Luc Romero-Michel. "Nous sommes, dans les classements européens, l'un des pays où on meurt le plus mal. Tout le monde le constate mais personne n'en tire aucune conclusion. Or les Français demandent une autre loi", assure-t-il.  

Il appelle également à l'autorisation de l'euthanasie, dénonçant "l'hypocrisie" de la sédation profonde et continue. "Une sédation c'est une solution si vous mourez dans les 24 heures, mais ça peut durer trois semaines. Vos proches vous voient dans un état pas possible. On vous endort, vous n'allez jamais vous réveiller, donc c'est hypocrite. Je ne suis pas un militant de l'euthanasie, je suis un militant de la liberté. J'entends tous ces gens qui sont sûr que la sédation c'est formidable, qu'on ne souffre pas, mais on n'en sait rien. Donc on devrait pourvoir choisir de mourir immédiatement, entouré de ses proches". Une réforme souvent débattue, mais encore loin d'être adoptée.