Depuis l’élection du maire LFI Bally Bagayoko à Saint-Denis, la police municipale traverse une zone de turbulences. La volonté de l'édile de désarmer progressivement les agents a entraîné une fronde majoritaire en interne.
Le climat se tend à Saint-Denis. Selon les informations d’Europe 1, le chef de la police municipale et plusieurs de ses adjoints sont sur le départ, dans un contexte de désaccord profond avec la nouvelle majorité municipale.
Depuis l’arrivée à la tête de la ville de Bally Bagayoko, un bras de fer s’est engagé avec les agents. Le nouvel édile a en effet affiché sa volonté de désarmer "progressivement" la police municipale, en commençant par le retrait des lanceurs de balles de défense (LBD).
Une orientation qui passe mal chez les 140 policiers municipaux que compte la ville. Au moins la moitié d’entre eux auraient fait savoir qu’ils souhaitaient être mutés, selon plusieurs sources policières.
Démarcher d’autres communes
Le chef de la police municipale, proche du maire socialiste sortant Mathieu Hanotin, serait particulièrement visé. "Les nouveaux arrivants lui ont fait comprendre qu’il valait mieux qu’il s’en aille", confie une source à Europe 1. "Il est en train de démarcher pour partir", ajoute une autre source.
Au-delà de la direction, le mouvement touche aussi les cadres intermédiaires. Le chef du pôle vidéoprotection s’est empressé de démarcher d’autres communes après la victoire de Bally Bagayoko. Sur les réseaux sociaux, il met en avant plus de quinze ans d’expérience en sûreté urbaine, dont cinq à Saint-Denis, avec la conduite de projets structurants comme la création de centres de supervision urbaine, le déploiement de dispositifs de vidéoprotection ou encore sa contribution aux dispositifs liés aux Jeux olympiques.
"Moins de missions, moins d’argent"
Même démarche du côté d’un agent rattaché à la brigade du groupe d’intervention rapide de la mairie de Saint-Denis, qui évoque "un nouveau contexte municipal plus complexe". Sur ses réseaux sociaux, il explique être à la recherche active d’un poste en Île-de-France, "en accord avec ses valeurs professionnelles".
Outre la mise en danger des agents non armés pour assurer la sécurité sur la voie publique, ce désarmement progressif va aussi entraîner une diminution des prérogatives des policiers, c’est-à-dire "moins de domaines de compétences, moins de missions, moins d’heures supplémentaires, et donc moins d’argent", résume un policier d’une autre commune, cette fois-ci armée.
Candidatures vers des polices municipales armées
Résultat : un véritable "mercato" des policiers municipaux semble s’ouvrir en Île-de-France. Toujours selon les informations d’Europe 1, les candidatures affluent vers des communes franciliennes disposant de polices municipales armées. Trois agents auraient notamment envoyé leur CV à la mairie de Champigny-sur-Marne. La police municipale d’Aulnay-sous-Bois a, de son côté, fait savoir sur les réseaux sociaux qu’elle recrutait des agents.
Ce phénomène n’est pas sans rappeler un précédent mouvement inverse. Après les élections municipales de 2020, plusieurs agents avaient quitté Colombes, passée à gauche, pour rejoindre Saint-Denis, alors en train de renforcer et d’armer sa police municipale. Avec le retour à droite de Colombes, certains pourraient désormais faire le chemin inverse.
Enfin, des policiers nationaux détachés au sein de la police municipale de Saint-Denis envisageraient également de réintégrer la police nationale à temps plein, accentuant encore un peu plus l’hémorragie en cours.