Inauguration du Suffren, l'arme dernier cri de la Marine nationale

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Plus gros, plus lourd, plus performant mais aussi plus discret. Le Suffren, premier sous-marin de la classe Barracuda, doit remplacer les bâtiments de classe Rubis construits dans les années 1980.

Il est long comme un terrain de football, pourtant son maître mot est la discrétion. Le dernier-né des sous-marins nucléaires français d'attaque (SNA), le Suffren, doit être inauguré ce vendredi à Cherbourg en présence d'Emmanuel Macron. Ce navire de classe Barracuda représente un véritable bond technologique, un passage d'"une 207 à une Formule 1", ose même Bertrand Dumoulin, porte-parole de la Marine nationale.

Même s'il est 2,5 fois plus lourd que les sous-marins de la classe Rubis, dont il est le premier des remplaçants, avec 5.300 tonnes en plongée contre 2.670, le Suffren est pourtant 10 fois plus discret que ses prédécesseurs. Un paramètre indispensable pour le renseignement. "La coque intérieure du sous-marin est recouverte de liège qui absorbe le bruit de sorte qu'il ne passe pas dans l'eau", explique au micro d'Europe 1 Vincent Martinot-Lagarde, directeur du programme Barracuda chez Naval-Group.

"Une base avancée des commandos"

Autre particularité de ce bâtiment : il n'a pas de périscope. Pour voir ce qu'il se passe à la surface, plus de tube coulissant traversant la coque, ce qui en faisait un point de vulnérabilité, mais des caméras placées en haut d'un mât qui retransmettent les images sur les écrans des sous-mariniers. Mais les capacités du Suffren, et des cinq autres sous-marins de classe Barracuda prévus pour 2030, ne s'arrêtent pas là. Il peut aller plus vite et plus loin que les Rubis construits dans les années 1980. Mais surtout, il peut rester sous l'eau jusqu'à 70 jours en autonomie parfaite contre 45 pour la génération précédente. 

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Côté armement, là aussi la nouveauté est présente : le Suffren est capable "de frapper une cible sur la terre ferme à une distance de 1.000 kilomètres [soit environ la distance entre Paris et Vienne, ndlr]", indique le commandant Dumoulin. "Et tout l'intérêt de le faire à partir d'un sous-marin, c'est qu'il est discret. Donc vous ne savez pas d'où le coup part", précise-t-il. Mais le Suffren peut aussi compter sur des hommes de terrain pour accomplir ses futures missions grâce à un pont amovible et un mini-sous-marin qui permettent à des nageurs de combat de se déployer directement sous l'eau avec leur équipement. "C’est une sorte de base avancée des commandos. Nous sommes les seuls avec nos alliés britanniques et américains à disposer de cette capacité", explique avec fierté le porte-parole de la Marine nationale.

De plus en plus de sous-marins dans le monde

Son lancement intervient dans un contexte d'augmentation mondiale du nombre de sous-marins (+6% en 5 ans). Il y en aujourd'hui plus de 450. Si les Etats-Unis, la Russie, la Chine et le Royaume-Uni sont les seuls avec la France à être dotés de SNA, de nombreux pays renouvellent leur flotte conventionnelle (Inde, Australie) et d'autres s'en dotent pour la première fois (Malaisie, Bangladesh, Vietnam). Le coup de la flotte Barracuda est estimé à 9 milliards d'euros. La mise à l'eau proprement dite n'aura lieu que fin juillet, avec trois ans de retard, avant des essais à quai, puis en mer, et sa livraison à la Marine nationale à Toulon avant l'été 2020.

Un sous-marin nucléaire ne transporte pas de missiles nucléaires

Contrairement à ce que leur appellation peut laisser entendre, les SNA n'emportent pas de missiles nucléaires, qui sont accueillis à bord des quatre sous-marins lanceurs d'engins français (SNLE). Ils sont qualifiés de "sous-marins nucléaires" car leur propulsion provient d'un réacteur nucléaire compact, qui leur assure autonomie et discrétion acoustique par rapport aux sous-marins conventionnels à propulsion diesel-électrique. La mission du SNA consiste à protéger les bâtiments précieux comme les porte-avions et SNLE, traquer les sous-marins ennemis et recueillir du renseignement au plus près des côtes ennemies.

Europe 1
Par Aude Leroy, édité par Ugo Pascolo avec AFP