"Gilets jaunes" : parfois loin de l'image de "casseurs", une soixantaine de personnes en comparution immédiate

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Marins-pêcheurs, ouvriers, bouchers : une soixantaine de personnes ont été présentées lundi en comparution immédiate, deux jours après les violences à Paris. 
DANS LA SALLE D'AUDIENCE

Nicole Belloubet avait promis une réponse pénale "tout à fait ferme" après les violences commises à Paris lors de la manifestation des "gilets jaunes". Avec 378 personnes placées en garde à vue samedi, le Parquet de Paris a mis en place un dispositif exceptionnel en multipliant ses effectifs par trois pour procéder à la soixantaine de comparutions immédiates qui ont démarré lundi. 

Parmi les prévenus, des profils variés, parfois loin de l'image traditionnelle des "casseurs". Un marin-pêcheur de 23 ans, un boucher de 47 ans, un ouvrier en métallurgie de 30 ans… Des hommes en CDI et au casier judiciaire souvent vierges qui ont été interpellés au tout début de la manifestation samedi. Dans leurs sacs à dos, des lunettes de protections, des masques à gaz et parfois, un lance-pierre ou un poing américain. 

À la barre, ils évoquent les difficultés du quotidien. Il y aussi ce groupe de cinq personnes venues de l'Essonne pour défiler dans les rues de Paris. Ils ont entre 25 et 35 ans et sont collègues d'usine, caristes, tourneurs-fraiseurs, métalliseurs chez un grand équipementier de l'industrie aéronautique. Pères de famille, séparés pour quelques uns, ils détaillent à la barre leurs difficultés du quotidien : 2.000 euros par mois, pour leurs loyers, leurs crédits, leurs impôts, pour aider leur sœurs, mères célibataires, ou leurs parents à la retraite et pour verser la pension pour les enfants. 

Des pétards de farce et attrape. Samedi matin, ils ont été arrêtés un peu avant 11 heures, à quelques rues de la place de l'Étoile. Ils n'ont frappé personne, n'ont rien cassé, mais ils sont venus avec des masques pour se protéger, disent-ils. L'un croit avoir entendu qu'il y avait du cyanure dans les gaz lacrymogènes. Dans les sacs, on trouve également des flacons de sérum physiologiques mais aussi et surtout, pour la procureure, un sac de pétards. L'avocat des prévenus relève que c'était des pétards de farce et attrapes, autorisés aux enfants de 12 ans…

À l'annonce de sa condamnation, un homme s'effondre en sanglots. La magistrate du Parquet est convaincue que le petit groupe ne venait pas pour manifester car à cette heure-là, la manifestation avait déjà commencé à dégénérer et elle estime qu'ils auraient dû alors faire marche arrière. L'un des prévenus a beau affirmer que son père est policier et qu'il ne lui serait jamais venu à l'idée de s'en prendre aux forces de l'ordre, le couperet tombe.

De quatre à huit mois avec sursis, pour quatre d'entre eux, avec interdiction de mettre les pieds à Paris pendant un an. Le cinquième homme, au physique d'armoire à glace, s'effondre en larmes, à l'annonce de sa condamnation : trois mois ferme car déjà condamné à du sursis pour un accident de la route il y a quelques mois. La présidente du tribunal conclut : "Vous avez pris vos responsabilités, vous assumez". 

Parmi les 336 gardés à vue majeurs, 163 ont été déférés au parquet de Paris dimanche et lundi. 73 suspects ont été ainsi renvoyés devant le tribunal pour y être jugés en comparution immédiate. Plusieurs prévenus ont obtenu le renvoi de leur procès à une date ultérieure, d'autres ont été relaxés ou condamnés à des peines allant jusqu'à de la prison ferme. 11 ont fait l'objet d'une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, 17 autres ont été placés sous contrôle judiciaire en attendant leur procès prévu à une date ultérieure, et 62 ont écopé d'un rappel à la loi. Par ailleurs, 122 procédures ont fait l'objet d'un classement sans suite, et une personne s'est vue remettre une convocation devant le tribunal correctionnel. 50 mis en cause devaient encore être déférés dans la soirée lundi. Les audiences doivent se poursuivre mardi.

Concernant les 34 mineurs mis en cause, 13 d'entre eux ont été présentés à la justice pour d'éventuelles suites et 4 autres vont être convoqués en vue de leur mise en examen par le juge des enfants. La moitié des procédures ont été classées sans suite.