4:00
  • Copié
Romain David , modifié à
Si Edouard Philippe a pu se féliciter lundi d'avoir tenu bon sur la limitation à 80km/h sur les routes secondaires, avec à l'appui les chiffres d'une mortalité routière en très nette baisse, certaines associations d'automobilistes continuent de contester les effets de cette mesure.

Edouard Philippe a pu se féliciter lundi d'une baisse quasi-record du nombre de morts sur les routes de France en un an. Avec un total de 3.503 morts, l'année 2018 est en la matière la deuxième moins meurtrière de l'histoire (après 2013). Malgré tout, le débat sur la limitation de la vitesse à 80 km/h, une mesure instaurée en juillet sur les routes du réseau secondaire pour endiguer une mortalité routière repartie à la hausse ces trois dernières années, reste vif.

Nous vous avons demandés sur la page Facebook d'Europe 1 si vous étiez favorables au maintien de cette limitation. À 11 heures mardi, vous étiez 73% à avoir répondu "non" sur quelque 6.300 votants. "Les décisions sont prises à Paris sans sortir de Paris. Pour des mesures efficaces et concrètes, il faut se concerter avec les élus locaux, qui eux connaissent le terrain", a notamment réagi Jean-Rémi dans un commentaire. "Certaines routes mériteraient une limitation plus basse que les 80km/h alors que d'autres grandes départementales et ex-nationales sont très bien adaptées aux 90km/h."

Une décision "prise à Paris", mais… Invitée mardi de Wendy Bouchard dans Le Tour de la question sur Europe 1, Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière, a pourtant tenu à rappeler que cette mesure n'avait pas été prise de manière arbitraire. "Cette décision n'a pas était prise au doigt mouillé, mais avec des conseillers qui connaissaient la sécurité routière, qui avaient fait du terrain", insiste-t-elle. "Ces conseillers ont travaillé avec des experts, donc bien évidemment, quand Edouard Philippe a pris cette décision, fléchée, priorisée par le Comité national des experts de la sécurité routière, on savait ce qu'il en était des résultats".

Pour cette responsable associative, la baisse de la mortalité routière peut donc être directement corrélée à celle de la vitesse. "Si vous baissez la vitesse moyenne de 1%, vous avez 4% de tués en moins", soutient-elle. Un principe que semble appuyer la démonstration du Premier ministre. "Entre le 1er juillet 2018 et le 31 décembre 2018, le nombre de morts a baissé de 13% par rapport à l'année 2017", a surtout insisté Edouard Philippe lundi, lors de la présentation des chiffres.

>> >> De 9h à 11h, c'est le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l'émission

Des chiffres à prendre avec précaution. "Les statistiques sont très fragiles", estime pourtant Jean-Luc Michaux, président d'un Comité indépendant d’évaluation des 80km/h qui représente 12 associations d'usagers de la route. Pour cet ancien haut fonctionnaire du ministère du Développement durable, la durée d'application des 80km/h a été trop courte pour pouvoir en tirer une homologation définitive. "Tout le monde reconnait qu'il est trop tôt aujourd'hui pour établir des bilans sérieux, fondés sur des durées longues qui soient vérifiées sur le terrain", explique-t-il, également au micro du Tour de la question. "Les données qui sont recueillies, et dont on fait état les pouvoirs publics hier, sont des données qu'eux-mêmes qualifient de provisoires", tient-il à rappeler. Il faudra donc attendre un prochain pointage pour voir s'esquisser une tendance durable ou non.

Dans le détail, Jean-Luc Michaux va même jusqu'à relever une inflexion de la baisse du nombre de morts sur les routes dans les semaines qui suivent l'entrée en vigueur de la limitation à 80km/h. "La tendance baissière a repris depuis le deuxième semestre 2017", pointe-t-il. Mais, "depuis le mois d’août dernier, elle est bien moindre. Par rapport aux 189 tués en moins recensés par les pouvoirs publics hier [lundi, ndlr], sur l'ensemble des réseaux d'une année complète par rapport à la précédente, 113 sont comptabilisés sur le premier semestre", signale Jean-Luc Michaux.

D'autres facteurs de baisse de la mortalité routières. Selon lui, d'autres éléments peuvent expliquer l'inflexion de la mortalité routière, et notamment les efforts des constructeurs automobiles pour sécuriser les véhicules. "De manière générale, les voitures protègent mieux. Il y a des progrès en matière de sécurité des voitures, des systèmes de sécurité, les ABS et les airbags […]. Ce sont des améliorations qui tiennent au véhicule et qui contribuent à la baisse de l'accidentalité, et surtout à la baisse du nombre de tués, et qui atténuent la gravité d'un certain nombre de dommages aux personnes", argue-t-il.

Alors que la limitation à 80km/h fait partie des sujets mis sur la table dans le cadre du "grand débat national" voulu par Emmanuel Macron pour calmer la grogne des "gilets jaunes", Edouard Philippe a voulu faire montre de souplesse lundi, laissant entendre, face à une mesure toujours aussi "impopulaire", que des aménagements seraient possibles à l'échelon local. "Courant février, je ferai connaître les chiffres département par département. Chaque président de conseil départemental pourra réagir et faire part de ces propositions", a-t-il indiqué. Mais d'avertir : "il serait fou de baisser le niveau d'ambition".

De son côté, Chantal Perrichon imagine difficilement un retour en arrière. "Toutes les mesures de sécurité routière, sans exception, ont toujours eu des opposants vraiment virulents : les premières limitations de vitesse, le port de la ceinture de sécurité, le passage de 60 à 50 km/h en ville, etc. […] malgré tout, les mesures ont perduré."