Fin de la trêve hivernale et reprise des expulsions : "On est face à une brutalité sociale terrible"

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Le 31 mars marque la fin de la trêve hivernale qui a commencé le 1er novembre. Les expulsions locatives vont donc reprendre pour les personnes qui n'ont pas payé leur loyer. Une situation que dénonce le porte-parole de Droit au Logement auprès d'Europe 1.
RÉACTION

La trêve hivernale est levée dimanche soir : après cinq mois d'interruption, des milliers de familles sont à nouveau menacées d'être expulsées de leur logement dès lundi matin. Une situation que le porte-parole de l'association Droit au Logement (DAL) Jean-Baptiste Eyraud dénonce au micro d'Europe 1.

Avec la fin de la trêve hivernale, les expulsions locatives vont reprendre

Pendant cette "trêve" qui courait depuis le 1er novembre, un locataire ne pouvait pas être expulsé de son logement, sauf si un relogement décent était prévu pour lui et sa famille ou si les locaux faisaient l'objet d'un arrêté de péril. Des procédures d'éviction ont toutefois pu être lancées. 

En 2017, 126.000 décisions d'expulsion ont été prononcées, dont plus de 120.000 pour impayés locatifs (+49% depuis 2001), selon le dernier bilan annuel de la Fondation Abbé Pierre (FAP). La même année, 15.547 ménages ont été expulsés avec le concours de la force publique, dernière étape si aucune solution n'est trouvée. "Tous les ans, la même histoire se répète : c'est révoltant", regrette Jean-Baptiste Eyraud. "Toutes ces personnes qui font l'objet d'un jugement d'expulsion, qui ont du mal à payer leur loyer, risquent de se retrouver à la rue sans relogement, voire même sans un hébergement."

"Les familles vont rester à la rue !"

Et la trêve hivernale concerne également les personnes en situation de précarité énergétique ainsi que les sans-abris qui ont bénéficié d'un hébergement pendant l'hiver. "Il y a des coupures d'énergie qui sont annoncées pour 150.000 familles, c'est dramatique", regrette encore le porte-parole de DAL. "C'est un phénomène massif. Et enfin, on a la fermeture de structures d'hébergement comme les centres d'hébergement d'urgence [CHUM] pour les sans-abris. Donc à partir du 1er avril, c'est un véritable drame qui va toucher une partie importante de la population. On est face à ,une brutalité sociale terrible. On est très inquiets. Les familles vont rester à la rue !".

Des manifestations aux côtés des "gilets jaunes"

Samedi, des personnes menacées d'expulsion ou qui ont subi une expulsion ont manifesté à Paris à l'appel de "gilets jaunes" et de l'association Droit au logement (DAL). Dénonçant "la flambée de loyers", "la spéculation immobilière", "la précarité énergétique", cumulées à "une baisse du pouvoir d'achat des classes populaires et moyennes", les associations exigent que plus aucune expulsion ne se fasse sans solution de relogement. 

Elles insistent également sur la nécessité de construire massivement des logements sociaux accessibles aux petits revenus et demandent l'encadrement des loyers dans les grandes métropoles. Les associations estiment à au moins 8.000 le nombre de personnes risquant de se retrouver à la rue à partir de dimanche soir.