Elles collent des affiches dans les rues contre les féminicides : "Pas besoin de parler, tu lis et t'as compris"

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Cent vingt-et-un féminicides ont eu lieu depuis le début de l'année. Pour sensibiliser l'opinion publique, des militantes collent des affiches dans les rues. 
REPORTAGE

À la mi-octobre, 121 féminicides ont déjà eu lieu en 2019, d'après le décompte des associations. C'est autant que sur l'ensemble de l'année 2018. Pour alerter l'opinion publique sur ce fléau, qui continue d'agir, des militantes collent des affiches dans plusieurs villes françaises. Nous les avons suivies à Paris. 

"Des livreuses de messages visuels"

Dans un local étudiant, Garance écrit ce message à la peinture noire sur des feuilles blanches : "En dix mois, 121 femmes tuées. C'est autant que toute l'année 2018. Macron, tu agis quand ?". "Il faut le coller vite ce message, il ne sera bientôt plus d'actualité…", lance cette jeune étudiante qui a rejoint le mouvement le mois dernier. "J'ai déjà subi des violences", confie-t-elle. "Je n'ai que 20 ans et j'en ai déjà subies à plusieurs reprises. Des viols en l'occurrence. Quand je peins, j'ai l'impression que ça me libère d'un poids, d'une parole qui m'a été refusée quand j'étais plus jeune. Ça me fait du bien." 

Les premiers messages sont apparus à la fin du mois d'août à Paris. Aujourd'hui, elles sont plus de 400 à coller des affiches dans la capitale. "Tous les jours, une vingtaine de filles nous contactent sur les réseaux sociaux [sur Instagram et Twitter]", explique Camille Lextray, une des organisatrices de ces collages. Et leurs messages sont contagieux. "Il y a plus de 40 villes en France où ces actions existent. Il y en a aussi en Belgique, en Turquie, au Luxembourg." 

Collage 2

Une fois les slogans terminés, une autre équipe de militantes prend le relais et arpente les rues de Paris. Meredith Trincat donne les dernières consignes. "Je vous rappelle que ce qu'on fait est interdit. On risque une amende de 65 euros. Donc si jamais des policiers arrivent, la consigne est claire, on obtempère."

Colle à la main, cette étudiante de 22 ans poursuit : "On va coller dans des endroits où on est particulièrement visibles. Si on vous fait des réflexions, vous ne répondez surtout pas. J'aime à dire qu'on est des livreuses de messages visuels. On n'a pas besoin de parler. Tu lis et t'as compris. Si tu veux pas comprendre, c'est ton problème." 

"Ça doit toucher chacun de nous"

Ces militantes agissent vite. Au moment où elles déploient le message sur le nombre de féminicides, une voiture de police passe à plusieurs reprises. "Je m'en fiche, on continue", lance Meredith. "Ce message-là, je veux le terminer." Quinze minutes plus tard, le slogan est collé sur un mur du 5ème arrondissement de la capitale.

Émue, Meredith lance un appel à l'aide : "C'est une horreur en fait. On a rarement l'habitude de compter jusqu'à 121 dans ta vie. Et là, tu colles qu'il y a 121 femmes qui ont été tuées depuis le début de l'année. Ce n'est plus possible. Quand est-ce que tu agis ? Là, on s'adresse à Emmanuel Macron. Mais c'est aussi toi. Ça doit toucher chacun de nous."