Faut-il avoir peur de la fellation ?

, modifié à
  • A
  • A
Un bonne hygiène corporelle pourra éventuellement aider sa/son partenaire à dépasser son dégoût.
Un bonne hygiène corporelle pourra éventuellement aider sa/son partenaire à dépasser son dégoût. © Pixabay
Partagez sur :
Mercredi, dans "Sans rendez-vous", sur Europe 1, la psychanalyste et sexologue Catherine Blanc nous parle de l'angoisse et du dégoût que peut susciter la fellation.

Considérée comme un plaisir désordonné par de nombreuses religions, la fellation a longtemps été frappée d’interdit moral. Mais au XXème siècle, l’avènement de la pornographie a donné l’impression d’en systématiser la pratique pour chaque rapport sexuel. Souvent appréciée des hommes parce qu’elle stimule directement le pénis, elle peut toutefois se révéler peu ragoutante pour celle ou celui qui l’exécute. Mercredi, dans Sans rendez-vous, l'émission Santé d'Europe 1, la psychanalyste et sexologue Catherine Blanc nous explique pourquoi cette pratique sexuelle n’est pas si anodine qu’elle en a l’air.

La question de Lucas, 26 ans

"Ma copine est dégoûtée par la fellation. Comment lui faire comprendre que ça n’est pas malsain, comme elle semble le croire ?"

La réponse de Catherine Blanc

"C’est un problème qui touche aussi bien les femmes que les hommes, puisque c’est une pratique qui concerne également les homosexuels. On peut comprendre – le pénis étant l’organe de la sexualité mais aussi de la miction – qu’il ne soit pas nécessairement facile de l’approcher de son nez, de sa bouche, voire même de ses yeux. Que l’autre ne soit pas en tranquillité avec le corps de son partenaire est tout à fait normal.

L’idée de ce que contient l’autre n’est pas toujours confortable. Aux 17ème siècle, avec la théorie des humeurs, on faisait venir des sangsues pour 'enlever le mal', comme si on avait des choses noires et sales en soi, que l’on confondait avec la maladie. On peut encore garder ce genre de rapport avec le corps de l’autre.

Mettre l’accent sur l’hygiène intime, en prenant une douche juste avant un rapport ou en se rasant le pubis, par exemple, peut-il aider à mettre fin à l’écœurement de sa/son partenaire ?

Approcher le corps de l’autre par une fellation est un processus qui doit être entendu par celui qui a envie d’être sollicité de cette manière. Tous les hommes ne sont pas circoncis, le prépuce garde l’odeur des secrétions, puisqu’il y a des glandes à la base du gland qui produisent une sorte de crème odorante et lubrifiante. Cela n’est pas agréable pour tout le monde. Se laver est la première des choses à faire, car les hommes peuvent oublier que leur pénis est odorant. Sans tomber dans la peur des odeurs corporelles, un minimum d’hygiène reste la meilleure des invitations.

Mais cela peut ne servir à rien. Si la pornographie laisse penser que la fellation est une évidence, et que toutes les femmes doivent aimer ça, c’est l’envie d’un jeu érotique qui fait que la fellation ou le cunnilingus existe. Ce rapport génito-oral est une construction psychique.

Puis-je aider mon/ma partenaire à franchir ce cap en la guidant ?

Quand il s’agit de montrer le chemin… les hommes sont assez doués ! Cette main sur la tête, nombre de femmes l’ont subie, ou sentie arriver avant d’intervenir. Ça n’est pas très bien venu. Lorsqu’une femme est dégoûtée, elle est dégoûtée. C’est dans l’inscription de la relation et la qualité de la relation que les choses se font. C’est aussi, peut-être, en osant lui faire un cunnilingus qu’elle verra que, si son partenaire n’a pas peur – le corps féminin a aussi ses secrétions –, elle peut également oser. Mais il ne faut pas que cela devienne une contrepartie obligatoire.

La fellation n’est pas un préliminaire, c’est déjà de la sexualité. Toutefois, elle n'est nullement obligatoire pour avoir une sexualité épanouie."