Et si les dresseurs de Pokémon étaient aussi de grands observateurs de la nature ?

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© AFP
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La chronique de Fanny Agostini vendredi matin sur Europe 1 vous a beaucoup fait réagir sur les réseaux sociaux. Elle précise son propos et lance un défi aux dresseurs de Pokémon.  

"En septembre de nouveaux Pokémon arrivent et j’ai souhaité remettre ce vieux débat sur la table, débat qui avait eu lieu à la sortie de l’application.

La nature s’abime, s’étiole, régresse et souffre à la fois des coups qu’on lui porte, mais aussi à cause d’une indifférence qui est souvent due à une méconnaissance du vivant. Nous vivons une période critique et je constate que le succès de ces Pokémon se confirme alors que parallèlement nous avons perdu 60% des mammifères lors des dernières décennies !

Aucun rapport me direz-vous ? 

Il est pourtant insupportable de vivre cet effondrement du vivant (en concomitance avec un repeuplement fictif de notre planète Terre) tout en se réjouissant d'un florilège d'espèces virtuelles qui accaparent l'attention.

" Quand on marche le nez sur son smartphone, comment peut-on se concentrer sur autre chose ? "

La nature proche de chez nous, dans les campagnes, les montagnes, les océans et mêmes dans et autours de nos villes est peuplée d’une biodiversité de proximité qui régresse et dont nous devons nous soucier de plus près pour pouvoir l’aimer et ainsi mieux la protéger.

Pour cela, il faut savoir la nommer. Hubert Reeves disait lui-même : "J’ai vu une fleur sauvage, ET quand j’ai connu son nom je l’ai trouvé plus belle" ! 

Je me réjouis de constater que de nombreux gamers ouvrent leur horizon à de nouveaux espaces. Mais pour aller au contact réel de la nature, c’est notre rapport au temps qu’il faut d’abord reconsidérer. Pour observer la nature, découvrir et observer des espèces vivantes et apprendre leurs noms (pourquoi pas en même temps que l’on capture des Pokémon), c’est nécessairement un jeu de patience au cours duquel nous aiguisons notre regard à chaque sortie.

Le danger est que parfois Mewtwo et ses semblables peut être un artefact qui se positionne entre le monde physique et nous-mêmes et peut constituer un écran à notre reconexion à la Nature.

Ainsi, les lieux de capture peuvent connaitre une fréquentation quantitativement inquiétante, ce qui n’alimente pas nécessairement la culture naturaliste...

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Entendu sur europe1 :
Si les deux quêtes se rejoignent, je retirerais mon post, m’excuserais platement et vous rejoindrais armée d’une Pokeball !
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Quand on marche le nez sur son smartphone, comment peut-on se concentrer sur autre chose ? 

J’ai lu que le jeu s’inspire du vivant et nous enseigne des détails sur telles ou telles espèces existantes ou issues de la mythologie, mais de quoi allons-nous nous inspirer quand nous ne serons plus sur terre qu’avec les seuls représentants de notre espèce ? Chose cependant impossible ou cauchemardesque car nous avons besoin de toute la complémentarité du vivant et des servies écosystémiques que la nature nous rend pour vivre…

Les dresseurs de Pokémons devraient être de fervents défenseurs de la nature palpable si leur motivation est animée par le même désir de découvrir et d’apprendre sur le chemin qu’ils empruntent que par celui de traquer des pokémons.

Si les deux quêtes se rejoignent et que les joueurs le font savoir haut et fort en disant 'GO, sauvons les tous !' je retirerais mon post, m’excuserais platement et vous rejoindrais armée d’une Pokeball !"

Réécoutez la chronique de Fanny Agostini, "Pokémon GO... away" : 

Europe 1
Par Fanny Agostini