ENQUÊTE - Le difficile inventaire des ponts vétustes de France

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Au mois d'octobre, après la catastrophe de Gênes, le Sénat a lancé une mission d'information afin de faire un état des lieux des ponts en France. Une tâche loin d'être aisée, notamment dans les petites communes.
ENQUÊTE

Près de six mois après l'effondrement du viaduc de Gênes, catastrophe qui avait entraîné la mort de 43 personnes, la phase de démolition débute vendredi, en Italie. De tels drames pourraient-ils se produire en France ? C'est pour essayer de répondre à cette question que le Sénat a lancé une mission d'information en octobre dernier. L'objectif est d'avoir une carte de France la plus précise possible de l'état de nos ponts.

Pour son premier déplacement, les membres de la mission d'information sont allés voir le pont de Petite-Rosselle, en Moselle. Notre journaliste Martin Feneau s'y était rendu en août dernier, quelques jours après la catastrophe de Gênes. Hervé Maurey, sénateur de l'Eure, qui est à la tête de cette mission, avait entendu le reportage d'Europe 1 et il a eu envie d'aller voir par lui-même.

"On voit très bien les vibrations, il y a des morceaux qui tombent, ça tremble vraiment"

Ce pont en très mauvais état, avec des piliers qui s'effritent et même, parfois, des morceaux de béton qui tombent, près de 1.000 véhicules y circulent tous les jours alors qu'il surplombe une piste cyclable, utilisée aussi par des promeneurs. "Ce qui tombe du pont, c'est des pavés. S'il y a une grosse benne ou quoi que ce soit qui passe, on voit très bien les vibrations, il y a des morceaux qui tombent, ça tremble vraiment. C'est pour ça que je dis aux gosses d'attendre devant et on traverse tous les trois en même temps, et vite", expliquait une mère de famille il y a six mois.

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Depuis, rien n'a vraiment changé. Le point positif c'est que l'état du pont ne s'est pas détérioré. Mais le point négatif, c'est que les travaux nécessaires ne sont pas du tout financés. Plus de 500.000 euros, c'est beaucoup trop pour le budget d'une commune de 6.500 habitants. Le maire de Petite-Rosselle, Gérard Mittelberger, demande à l'Etat d'intervenir : "C'est un pont qui fait l'objet d'une attention particulière depuis 2007, avec une lente dégradation de sa situation. Vous avez vu des éclats qui sont partis au niveau du béton, de la ferraille qui est déjà bien corrodée, voire absente à certains endroits."

REPORTAGE - A Petite-Rosselle, le pont fait trembler les habitants

"La commission qui est venue, pour moi c'est une aubaine, du moins je l'espère puisqu'ils voient le pont. En tout cas, j'ai un peu plus d'espoir qu'il y a un an par rapport à ce pont", confie-t-il. En principe, les travaux devraient débuter cet été mais cela dépendra bien sûr, d'une éventuelle prise en charge par l'Etat d'une grosse partie de ce demi-million d'euros.

"Un matin, un maire a constaté qu'il manquait un pilier à un pont"

Mais il y a d'autres ponts de ce type, clairement en mauvais état, en France. Le ministère des Transports avait fait un recensement, un mois après l'effondrement du viaduc de Gênes. Sur les 164 grands ponts routiers du pays, 23 nécessitaient des travaux rapides mais il n'y a pas de risque réel puisqu'ils sont identifiés, ils sont dans les radars des services de l'Etat.

Ce qui n'est pas le cas de plus petits ponts, comme celui de Petite-Rosselle. "De toute évidence, il y a aujourd'hui des ponts dont on est bien incapable de dire dans quel état ils sont. Dans le département dont je suis élu, un matin, un maire a constaté qu'il manquait un pilier à un pont. La rivière avait naturellement emporté un pilier du pont", raconte Hervé Maurey, le président de la commission de l'aménagement du territoire au Sénat et donc de cette mission d'information.

"Lors des échanges que l'on vient d'avoir avec un certain nombre de maires et notamment des maires de petites communes, ils avaient la franchise de dire qu'ils n'avaient pas la moindre idée de l'état du pont dans leur commune. C'est en cela qu'il y a une vraie préoccupation. Contrairement aux départements ou à l'Etat, la plupart des communes n'ont pas les moyens humains, les compétences techniques et les moyens financiers d'assurer un suivi régulier des ponts", précise-t-il.

Dans le cadre de cette mission, une plateforme de consultation a été créée. Les élus locaux peuvent répondre à un questionnaire et faire remonter un maximum de précisions. Il y a déjà plus de plus 700 contributions en à peine trois semaines. Le rapport est attendu en avril.