Elle a donné la mort à son fils réduit à un état végétatif : "C'était ma responsabilité parce que je l'avais mis au monde"

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Anne Ratier, autrice de "J'ai offert la mort mon fils", explique jeudi au micro de Christophe Hondelatte sur Europe 1 pourquoi elle en est venue à donner la mort à son fils, 3 ans, né polyhandicapé et réduit à un état végétatif.
HONDELATTE RACONTE

C'est un acte dont elle ne se cache pas, qu'elle assume même pleinement. Jeudi, au micro de Christophe Hondelatte sur Europe 1, Anne Ratier, autrice de J'ai offert la mort à mon fils, raconte comment et pourquoi elle a décidé de donner la mort à Frédéric, son fils, 3 ans, il y a trente ans de cela.

Tout commence en 1984. Anne Ratier est admise à la clinique. Elle est sur le point d'accoucher. Mais tout ne se passe pas comme prévu. Ses contractions lui déchirent le dos mais le bébé ne se montre pas. Pourtant, la sage femme ne s'en inquiète pas, elle lui assure que la situation est tout à fait normale. Elle ne prévient pas le médecin de garde qui, lorsqu'il arrive à la clinique le lendemain, constate que le cœur du bébé ne bat plus. Une césarienne est réalisée en urgence. On demande alors au mari d'Anne Ratier d'autoriser le transfert du nourrisson en soins intensifs dans un hôpital.

Condamné à vivre dans un état végétatif

Plusieurs semaines plus tard, on autorise le couple à rentrer chez lui avec leur bébé, nommé Frédéric. Anne sent pourtant que quelque chose qui ne va pas, comme une intuition du chaos à venir. "Même avant qu'il naisse, j'ai senti qu'il ne bougeait plus. Je me disais qu'il était en train de mourir", explique Anne Ratier, plus de 30 ans plus tard sur Europe 1. "Je me disais ensuite que c'était bizarre qu'il n'ait pas de séquelles importantes".

À l'hôpital, on la rassure. On lui dit que cela ne sert à rien de chercher des informations dans des livres sur le développement des bébés. Mais à un an, Frédéric manifeste des retards d'acquisition. Il ne tient toujours pas sa tête et n'ouvre pas la bouche quand sa mère lui donne à manger. Le couple finit par aller voir plusieurs spécialistes, des médecins spécialisés dans le handicap et des neurologues. Le verdict tombe : on diagnostique à Frédéric un lourd handicap moteur dû à des lésions cérébrales. Il est également sourd et aveugle et condamné à vivre dans un centre spécialisé dans un état végétatif.

Elle passe à l'acte un jour de 1987

Avec cette annonce, les espoirs du couple s'envolent. Leur médecin de famille s'offusque. Il estime que le médecin de la clinique n'aurait jamais dû réanimer l'enfant après l'accouchement et qu'en le faisant, il avait condamné Frédéric à un avenir des plus sombres. Il leur rappelle que le cerveau de leur bébé est bien détruit et qu'il ne récupérera ainsi jamais de capacité cérébrale.

Cette remarque, comme celle de son père, qui lui dit que dans certaines circonstances, la mort est plus douce que la vie, bouleversent Anne. Et la font réfléchir. Les mois passent et elle pense de plus en plus à mettre fin aux jours de son fils. Elle finira par passer à l'acte un jeudi de 1987 avec l'accord de son mari. Elle prend le tube de médicaments que Frédéric prend pour traiter son épilepsie depuis sa naissance, le réduit en poudre puis lui donne avec un peu de lait. L'enfant tombe dans le coma et meurt le jour de ses 3 ans.

Libérer son fils "de cette antichambre de la mort" 

"Mes parents m'ont élevé dans le grand respect des lois", explique Anne Ratier au micro de Christophe Hondelatte jeudi. "Mais dans mon esprit, il n'y avait pas de commune mesure entre la loi et délivrer mon enfant de ce carcan. Je voulais le libérer de cette vie qui n'en n'était pas une, le libérer de cette antichambre de la mort. Et il n'y avait que mon amour qui pouvait lui apporter la délivrance. Si quelqu'un pouvait agir ainsi ce n'était que moi. C'était ma responsabilité parce que je l'avais mis au monde", complète-t-elle, ajoutant ne pas vouloir heurter les auditeurs mais simplement leur faire entendre son histoire.

C'est d'ailleurs pour cette même raison qu'elle a écrit un livre, J'ai offert la mort mon fils, sorti en février alors que son crime n'est pourtant pas prescrit par la loi. "Je voulais raconter cette histoire tout de suite après qu'elle se soit passée mais mon médecin m'en a dissuadé", précise Anne Ratier. "À partir du moment où j'ai fait ce choix, je n'ai pas regardé s'il y avait prescription ou pas. Je n'ai pas fait le choix de me taire".

Europe 1
Par Clémence Olivier