Education : pourquoi le gouvernement va évaluer les élèves de CP

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De nouvelles évaluations en début de CP mais aussi en 6e doivent permettre au ministère de mieux cerner le niveau des élèves. Certains syndicats dénoncent une mesure démagogique.

À moins d'une semaine de la rentrée scolaire, le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer tient mardi matin sa grande conférence de rentrée avec toutes les nouveautés en détail (classes de CP à douze élèves en éducation prioritaire renforcée, semaine de quatre jours pour les communes qui le souhaitent, rentrée en musique). Il doit aussi annoncer trois nouvelles évaluations nationales pour les élèves de CP et de 6e.

Deux heures de test en CP. La première évaluation aura lieu dans toutes les classes de CP de France dans le courant du mois de septembre. Les élèves plancheront pendant près de deux heures sur des tests de français et de maths, découpés en petits exercices de 10 à 20 minutes chacun. Il faudra, par exemple, que l'élève sache : reconnaître un chiffre sur une image où sont dessinés différents symboles, compter le nombre de syllabes dans un mot, ou encore répondre aux questions de l'instituteur après avoir écouté une petite histoire.

Suivre l'évolution du niveau des élèves. Toutefois, ces évaluations resteront confidentielles. Il n'y aura pas de remontées nationales des résultats. L'objectif, c'est d'identifier les élèves en difficultés et de tenter de les aider. Il y aura, en plus, une évaluation spécifique pour les CP à 12 élèves par classe, en septembre puis en juin, pour vérifier l'efficacité du nouveau dispositif phare du programme d'Emmanuel Macron.

Enfin, le dernier test concernera les élèves de 6e. Il aura lieu au mois de novembre, l'idée c'est d'avoir un instantané exact du niveau des élèves au début du collège. À l'entrée en 6e, près de 20% des élèves ne maîtrisent pas la langue française. Pire encore, un tiers des élèves a de grosses lacunes en mathématiques.

Un outil pédagogique à usage politique ? Mais la démarche alarme les syndicats qui craignent une instrumentalisation des élèves afin de mettre en place une vitrine de la politique éducative qu'entend mettre en place le nouveau gouvernement. "Si nous les jugeons négatives ces évaluations, c’est parce qu'elles vont donner du stress aux familles et aux élèves qui n'en n'ont pas besoin lorsqu'ils rentrent au CP", s'alarme au micro d'Europe 1 Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-UNSA. "À quoi vont servir ces évaluations ? Elles ne vont pas servir aux enseignants. Le ministre, au travers de ces évaluations, veut montrer qu'il prend les choses au sérieux et nous critiquons l'usage politique d'un outil avant tout pédagogique".

À l'inverse, Eric Charbonnier, spécialiste de l'éducation à l'OCDE, salue la démarche, estimant qu'il faut torde le coup à certain préjugés : "Quand on parle d'évaluation en France, on a tout de suite le tabou de la notation. La notation peut créer de l'anxiété mais ces évaluations-là n'ont pas pour but d'être publié ou d'être considéré comme une note supplémentaire pour les élèves", rappelle-t-il. "Si vous regardez les pays nordiques, où les élèves ne sont pas notés, ils sont évalués par les enseignants dès le début de l'année, mais sans forcément que les élèves soient au courant des notes obtenues. Ce qui est important, c'est d'avoir une connaissance des élèves pour gérer les difficultés de façon plus personnalisées", plaide-t-il.