DOCUMENT EUROPE 1 - Plainte pour antisémitisme à l’université de Paris 13 : le récit de deux élèves témoins

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Les faits rapportés se sont produits pour l’essentiel pendant un week-end d'intégration entre les étudiants de l'université Paris 13.
Les faits rapportés se sont produits pour l’essentiel pendant un week-end d'intégration entre les étudiants de l'université Paris 13. © Capture Google maps
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Europe 1 a pu consulter les messages envoyés à la plaignante par deux camarades, relatant une série d'actes antisémites survenus pendant un week-end d'intégration. 
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Un conseil de discipline est attendu vendredi matin après une plainte pour antisémitisme dans une fac de médecine parisienne. Europe 1 vous l’avait révélée fin octobre : une étudiante en accusait d’autres de blagues et harcèlement à caractère antisémite. Ils sont huit en tout à être convoqués par la direction de l’université de Paris 13. Du côté de la justice, le parquet a classé la plainte sans suite il y a un mois, considérant que les preuves n’étaient pas suffisantes, mais la jeune femme a apporté de nouveaux éléments, qu’Europe 1 a pu consulter.

Week-end d’intégration. Ce sont quatre enregistrements, soit un peu plus de trois minutes au total, qui appuient le récit de la jeune femme. Ces messages ont été authentifiés par constat d’huissier et ont été joints à la nouvelle plainte déposée avec constitution de partie civile, c’est-à-dire qu’un juge d’instruction va être désigné. Ces quatre messages audio ont été envoyés à Rose* via Whatsapp par deux autres étudiants qui ont participé au week-end d’intégration où l’essentiel des faits antisémites auraient eu lieu.

Datés du 20 octobre dernier, soit quelques jours avant sa plainte, ces derniers confirment le prétendu humour répétitif d’au moins un membre du bureau des élèves sur les juifs, "leur rapport à l’argent", "au pouvoir", sur les camps de concentration, et même Hitler. En voici deux extraits :

"On sait tous que les juifs sont avares". "Je ne sais pas, ça les fait rire de rigoler sur les juifs etc… Pour pas te mentir, au début j’étais choquée, je suis toujours choquée, ça ne me fait pas du tout rire. Y’a un mec en fait, un débile, qui s’est déguisé en dieu de l’Avarice, et du coup, bien évidemment, pour montrer qu’il était avare, il a dû mettre une kippa, parce qu’on sait tous que les juifs sont avares, c’est ironique évidemment", peut-on entendre dans l'un de ces message. "Et du coup tout le monde a rigolé avec son déguisement, […] en disant : 'Ah ouais bah on devrait faire les juifs contre les nazis'. […] Un moment y’a un mec qui a dit : 'Arrêtez y’a quelqu’un qui va appeler la LDJ [Ligue de défense juive, ndlr] et comme il y a ton nom qui a été cité, je pensais important de te le dire."

La jeune femme qui parle relate aussi l’invention d’un jeu dénoncé par Rose* dans sa plainte : le "frispa", mélange de "frisbee" et "kippa", pratique qui consiste à lancer une kippa comme un frisbee. 

"Ça va te tomber dessus". "C’est juste un petit rigolo, un jour ou l’autre il va chercher un bouc-émissaire, donc il va essayer tous les juifs de la promo à mon avis. Et ça va te tomber dessus, donc voilà fais gaffe. C’est juste que je voulais te dire ça", avertit une jeune homme dans un autre message envoyé à Rose, et consulté par Europe 1. La jeune femme espérait que ces deux témoins clefs parlent aux enquêteurs mais d’après elle, ils redoutent les répercussions d’un tel témoignage. Raison pour laquelle elle a transmis leurs enregistrements audios à la justice.

*Le prénom de la plaignante a été modifié. 

Europe 1
Par Salomé Legrand, édité par Romain David