Disparition des distributeurs de billets en zone rurale : "Les personnes âgées, handicapées… ils s’en foutent !"

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À Robion dans le Vaucluse, une pétition a recueilli quelque 1.700 signatures pour empêcher le seul établissement bancaire de la ville de plier bagage. De son côté, la Banque de France assure que le nombre de distributeurs de billets reste "satisfaisant" à l’échelle du territoire.
REPORTAGE

La fin des services de proximité dans les communes rurales gagne du terrain. Après les bureaux de poste, certaines communes verraient en effet leur banque et distributeur automatique de billets (DAB) disparaître au nom de la rentabilité. C’est le cas notamment de Robion, dans le Vaucluse, où l’unique banque de cette petite ville de 4.500 habitants et son DAB s’apprêtent à mettre la clef sous la porte.

Les administrés, soutenus par leur maire, ont décidé d’exprimer leur incompréhension et leur colère à travers une pétition qui a recueilli 1.700 signatures en quelques jours . "Si les banques partent, c’est la vie qui part", s’agace ainsi Philippe auprès d’Europe 1. Ce riverain, qui a signé la pétition, va bientôt devoir faire dix kilomètres en voiture pour retirer du liquide au distributeur le plus proche, à Cavaillon. "Le côté humain, les personnes âgées, handicapées… ils s’en foutent !", s’agace-t-il.

Un nombre de DAB "assez satisfaisant" selon la Banque de France

Dans le secteur, près de 200 artisans sont vent debout contre le départ de cette agence de la Caisse d’Epargne. De son côté, le gouverneur de la banque de France affirme que l'implantation des distributeurs automatiques de billets (DAB) en France métropolitaine semble "assez satisfaisante", selon les premières estimations d'une étude en cours. "Près de 99% de la population française vit dans une commune où il y a un DAB sur place ou un DAB à moins d'un quart d'heure de son domicile", fait valoir François Villeroy de Galhau dans un entretien publié mercredi par Le Dauphiné Libéré.

Les résultats de cette étude, réalisée conjointement avec les banques sur "l'implantation précise de ces DAB à travers le territoire métropolitain" doivent être connus "dans les prochains mois", a-t-il précisé, reconnaissant toutefois qu'il existait bien "un débat aujourd'hui sur l'accessibilité des Français aux distributeurs automatiques de billets".

"Ces banques-là veulent ressembler aux banques en ligne alors que leur cœur de métier, c’est la proximité", argue néanmoins Patrick Sintès, le maire de Robion. "On a besoin e cette outil et, a minima, d’un distributeur de billet", martèle-t-il, alors qu'une demi-douzaine de communes sont déjà privées de distributeurs le long de la Durance.

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Un risque pour le petit commerce ? 

"L'accessibilité va plus loin que cela : elle inclut, avec la Banque de France, les banques, les transporteurs de fonds, les commerçants", veut pourtant faire valoir François Villeroy de Galhau, toujours auprès du Dauphiné Libéré, ajoutant travailler "dans une logique de filière pour que l'usage des espèces, s'il diminue, reste accessible".

Céline, la bouchère de Robion assure qu’au moins 40% de sa clientèle paye toujours en espèce. Elle ne cache pas sa colère devant la fermeture annoncée de l'agence de la ville : "Ça tend à supprimer le petit commerce. Les gens vont aller faire leurs courses à Cavaillon", dénonce-t-elle. "Et puis, on a tous besoin d’espèces, par exemple si vous voulez acheter une salade. C’est une liberté !"

Interrogé sur une éventuelle disparition du paiement en espèces, François Villeroy de Galhau réfute une telle éventualité, précisant que "deux transactions sur trois en magasin [étaient] encore effectuées en espèces par les Français". "Il y a une tendance, c'est vrai, à la diminution des paiements en espèces, mais la Banque de France ne les abandonnera jamais. La Suède (où le paiement en espèces se raréfie, ndlr) reste une exception en Europe", souligne-t-il. "Espèces (billets et pièces), cartes, mobiles, c'est aux Français de choisir. Notre rôle est de garantir l'égale qualité et sécurité, et l'égale accessibilité de chacun à ces moyens de paiement, y compris en billets", ajoute le patron de la Banque de France.

Europe 1
Par Nathalie Chevance avec AFP, édité par Romain David