Des "gilets jaunes" aux "gyros bleus" : pourquoi les policiers sont en colère

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Les trois principales organisations syndicales de la police appellent, en ordre dispersé, à se mobiliser pour protester contre leurs conditions de travail et le manque de moyens. Et ce, alors que la grève leur est interdite.

Il y a la fatigue, après un mois de gestion sécuritaire de la crise des "gilets jaunes", de manifestations parfois violentes, auxquelles sont venus s'ajouter l'attaque de Strasbourg et le passage du plan Vigipirate au niveau "Alerte attentat". Le malaise, aussi, face à un sentiment d'abandon de la part de l'exécutif. À bout, les policiers menacent désormais de se mobiliser.

Les trois principales organisations syndicales de gardiens de la paix et de gradés ont en effet prévu diverses actions. L'UNSA-Police a appelé mardi à assurer le simple service minimum, tandis que le syndicat Alliance, lui, va jusqu'à prôner la fermeture des commissariats mercredi. Enfin, l'Unité SGP Police-FO a décidé samedi de lancer son propre "Acte 1" de mobilisation avec, si aucune solution n'est trouvée, une manifestation au mois de janvier.

" On continue à faire notre travail, nos patrouilles, notre travail de police-secours, mais on met de côté l'activité répressive. "

"On met de côté l'activité répressive". Au sein d'une profession où on estime le taux de syndicalisation à 80%, ces appels seront probablement très suivis. "On continue à faire notre travail, nos patrouilles, notre travail de police-secours", explique à Europe 1 Philippe Capon, secrétaire général d'UNSA-Police, "mais on met de côté l'activité répressive". Autrement dit, c'est la grève, mais des contraventions uniquement. L'UNSA-Police ne veut "pas verbaliser, pas encore taper sur le portefeuille des Français pour des faits mineurs" qui ne représentent pas une menace pour la sécurité.

"Obligés d'être irresponsables". Du côté d'Alliance, Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint, appelle même à bloquer les commissariats mercredi. "Bien évidemment, on va répondre aux appels d'urgence. Mais au-delà, nous demandons à nos collègues de [simplement] rester dans les commissariats" sans intervenir. Objectif : protester contre l'absence de considération du ministère de l'Intérieur et de l'Élysée. "Face à cette irresponsabilité, nous sommes obligés d'être irresponsables dans nos actions", justifie Frédéric Lagache.

Un droit de grève interdit. Car de fait, le droit de grève est purement et simplement interdit pour les policiers. Et ce, afin de garantir la stabilité du dispositif de maintien de l'ordre sur l'ensemble du territoire national. C'est la loi du 28 septembre 1948 qui le précise : "En raison du caractère particulier de leurs fonctions et des responsabilités exceptionnelles qu'ils assument, les personnels de police constituent, dans la fonction publique, une catégorie spéciale. Toute cessation concertée du service, tout acte collectif d'indiscipline caractérisée pourra être sanctionné." Un principe réaffirmé par la "loi Le Pors" du 13 juillet 1983.

Un "plan Marshall" pour la police. La liste des revendications des forces de l'ordre est aussi diverse que leurs modes d'action. Plusieurs éléments reviennent régulièrement. D'abord, le manque de moyens. Alliance réclame ainsi "un budget type 'Plan Marshall' pour la police nationale" dans un communiqué. "Ce budget doit prendre en considération un plan de modernisation tant sur le plan immobilier que sur le plan équipement." L'augmentation des salaires des forces de l'ordre est aussi réclamée, notamment par Unité SGP Police-FO qui fixe ses exigences à une hausse de 115 euros par mois.

" Cela me paraît normal que l'État paye ses dettes. "

"Cela me paraît normal que l'État paie ses dettes". Les syndicats réclament également des augmentations d'effectif et, surtout, le paiement des heures supplémentaires. Celles-ci se sont accumulées depuis des années pour atteindre le chiffre étourdissant de quelque 22 millions, soit l'équivalent de 275 millions d'euros. Un problème que le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a déclaré vouloir prendre à bras le corps. "Cela me paraît normal que l'État paye ses dettes", a-t-il dit mardi, indiquant qu'une réflexion allait se tenir sur le sujet.

Des discussions mardi place Beauvau. L'exécutif a aussi proposé une prime de 300 euros pour les forces de l'ordre mobilisées sur les "gilets jaunes", via un amendement déposé mardi sur le projet de loi de finances 2019. Cette mesure, dont le coût est estimé à 33 millions d'euros, est jugée insuffisante par les syndicats de policiers. Notamment car, en bénéficiant à "seulement" 111.000 personnes, elle en laisse des dizaines de milliers sur le bord de la route. Ses modalités doivent néanmoins encore être discutées mardi, en fin d'après-midi, place Beauvau, où sont attendus les syndicats pour une entrevue avec le ministre.

Une prime de 300 euros, "ça ne suffit pas"

"Cette annonce du ministre n'a pas du tout séduit les policiers. Ça ne suffit pas", a déclaré Benoît Barret, secrétaire national adjoint du syndicat Alliance Police Nationale, mardi soir sur Europe 1. Pour ce policier, "le malaise est tellement profond, il dure depuis tellement longtemps, que les collègues attendent beaucoup de choses", beaucoup plus. 

Au micro de Matthieu Belliard, il met en garde : "Ça fait des années que rien ne bouge. À un moment donné, les policiers ne peuvent pas rester spectateurs de leur propre agonie." C'est la raison pour laquelle Benoît Barret et ses collègues d'Alliance respecteront mercredi une "journée morte" dans les commissariats. Il précise : "Les collègues ne sortiront qu'en cas d'urgence."