Dans le Var, le fléau des décharges illégales

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Le département voit apparaître de plus en plus de dépotoirs à ciel ouvert. Europe 1 a mené l'enquête près de Toulon.
ENQUÊTE

Au bord d'une route verdoyante, à l'entrée d'un parc naturel près de Toulon, dans le Var, le spectacle n'a rien de réjouissant : des décharges sauvages à peu près tous les 100 mètres. "On voit des dalles de béton, du bois, de la ferraille, un peu de peinture...", décrit Frédéric Soulier, qui gère un centre de traitement des déchets situé 300 mètres plus bas sur cette même route. "On doit avoir à peu près deux ou trois tonnes de déchets."

Des déblais qui viennent d'autres départements

Au total, il y aurait 70 dépôts non autorisés dans le Var. Ce département est particulièrement concerné par ce fléau, revenu sur le devant de la scène lundi, après le décès du maire de Signes. Jean-Mathieu Michel avait été violemment percuté par une camionnette alors qu'il tentait d'empêcher son conducteur de décharger des gravats sur une voie privée. Si le Var est devenu le dépotoir de la région, c'est notamment à cause de sa situation géographique. "On est à côté de deux gros départements, les Bouches-du-Rhône et les Alpes-Maritimes, qui ont une grosse activité plutôt urbaine", explique Frédéric Soulier. "Il y a beaucoup de projets, mais ils veulent envoyer les déblais autre part."

Et c'est donc le Var, plus rural, qui trinque. Ces déchets du BTP finissent par former d'immenses décharges illégales. Les plus importantes recouvrent une dizaine d'hectares pour 20 mètres de hauteur, où le dépôt de gravats se fait à l'échelle industrielle. "On voit passer 20, 30 camions dans la journée, voire plus", déplore Frédéric Soulier. "On peut avoir 10.000, 20.000, 100.000 tonnes de matériaux qui vont être déposés en l'espace de quelques semaines. Ils font ça en plein jour, à la vue de tout le monde et ça ne leur pose strictement aucun problème."

Un système mafieux

Robert Durand, président de la Confédération Environnement Méditerranée, recense ces dépotoirs illégaux. Non sans risque. "En allant sur ces décharges, on s’est fait plusieurs fois pointés par des fusils. Ils ont tenté de nous renverser avec les camions de ceux qui déchargeaient." Il faut dire que ces décharges sont de véritables poules aux œufs d'or. "C'est plusieurs centaines de milliers d’euros qu'elles rapportent par an. Derrière, ce sont des hommes de paille, des sociétés bidons c'est tout un système mafieux."

Un système qui perdure surtout à cause du manque de contrôle : selon l'association, un seul agent de la préfecture serait en charge de tout le département.