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Jean-Luc Boujon et Romain David
Bien que les maladies pulmonaires qui ont fait plusieurs morts ces dernières semaines aux Etats-Unis soient liées à un usage détourné de la cigarette électroniques, en France, les professionnels du secteur relèvent une baisse sensible de leur clientèle.
REPORTAGE

Le "Sommet de la Vape" qui réunit les professionnels du vapotage s’ouvre lundi à Paris. Mais cette troisième édition se tient dans un contexte de crise pour les boutiques qui souffrent d'une certaine désaffection depuis plusieurs mois. En effet, les consommateurs français - presque 2 millions dans le pays -, s'inquiètent suite aux événements survenus en juin aux Etats-Unis et la mort de 29 personnes qui utilisaient des cigarettes électroniques.

"Nous avons fait un sondage avec l’institut BVA (commandé en juin, effectué en septembre, ndlr), et ce que l’on remarque c’est que trois Français sur cinq pensent aujourd’hui que le vapotage est au moins aussi dangereux que le fait de fumer", relève auprès d’Europe 1 Nathalie Dunand​, présidente de l’association SoVape et organisatrice du "Sommet de la Vape" 2019. Dans les boutiques, la peur s’est d'ailleurs installée chez de nombreux consommateurs. "On observe une baisse moyenne de 30% des nouveaux entrants", pointe-t-elle.

"J’avais ma vapote à la main et une dame dans la rue s’est précipitée vers moi en me disant que c’était extrêmement dangereux, que je ne savais pas ce que je faisais, qu’il y avait des gens qui venaient de mourir… Elle m’a fait un peu fait peur…", rapporte Bernadette, utilisatrice depuis un an. Cette Lyonnaise s’est aussitôt précipitée dans sa boutique, La Boîte à Vape, dans le quartier de la Croix-Rousse à Lyon. "Il y a des gens qui sont malades aux Etats-Unis, mais c’est dû à un détournement de l’usage du dispositif. Cette problématique est liée à des huiles qui ont été mises dans des produits achetés dans la rue", explique Vladimir, le gérant. Il n’empêche, l’inquiétude persiste : ce commerçant a observé, en deux mois, une baisse de 20% de sa clientèle.

Un usage réglementé

"Un liquide ne peut pas avoir été mis en vente en Europe et en France sans avoir été notifié auprès des autorités compétentes six mois avant sa commercialisation. Cela veut dire qu’en France, l’ANSES (l’Agence national de santé, ndlr) connait la composition des produits, leurs émissions toxicologiques, six mois avant qu’ils n’arrivent dans les boutiques", explique Nathalie Dunand. "Aux Etats-Unis, ils ont relevé que les liquides utilisés sont des liquides au THT (le principe actif du cannabis, ndlr) achetés sur le marché noir, et qui contiennent des produits dangereux pour l’inhalation comme l’huile et les fongicides. Ce n’est pas le cas du vapotage traditionnel, qui est encadré et réglementé en France", assure-t-elle.

Le premier outil d’aide à l’arrêt du tabac

La ministre de la Santé elle-même a rappelé le 22 septembre, sur RTL, que la situation en France n’était pas la même qu’aux Etats-Unis, et qu’aucune alerte sanitaire particulière n’avait été relevée sur le territoire national. En France, la cigarette électronique est le premier outil d’aide à l’arrêt du tabac devant les substituts nicotiniques, puisque 27% de ceux qui essayent d’arrêter de fumer l’utilisent. "Le risque, c’est que de jeunes anciens fumeurs retombent dans le tabac parce qu’ils sont en début de sevrage et qu’ils ont peur du nouvel outil qu’ils utilisent et l’abandonne", déplore Nathalie Dunand. "On a aussi le cas des gens qui ne vont pas se lancer et rester dans le tabagisme plus longtemps". Depuis 2013, quelque 700.000 ex-fumeurs auraient arrêté le tabac grâce à la cigarette électronique.