Christiane a perdu le sommeil depuis que son fils s’est suicidé

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Quand son fils s’est suicidé, Christiane a perdu le sommeil. Cela fait 20 ans et cette dernière ne trouve toujours pas le repos. Sur "La Libre antenne" d’Europe 1, Christiane confie que cela engendre chez elle une fatigue qui lui pèse au quotidien et que les somnifères n’ont plus d’effet sur elle.
TÉMOIGNAGE

Christiane ne trouve plus le sommeil depuis que son fils s’est suicidé il y a une vingtaine d’années. Les premières années suivant la mort de son fils, Christiane raconte que son chagrin l’empêchait de dormir. Elle a petit à petit retrouvé le sommeil, mais dort toujours mal. Cela engendre chez elle une fatigue qui l’handicape au quotidien. Au micro d’Olivier Delacroix, sur "La Libre antenne" d’Europe 1, Christiane raconte les moments difficiles de sa vie qui l’ont conduite à perdre le sommeil. 

" J’ai 72 ans. Je ne dors pas la nuit. La journée, c'est difficile parce que je suis fatiguée. Je suis éveillée toute la nuit. Je ne dors ni le jour, ni la nuit. C’est difficile à vivre. Je suis quand même mieux la nuit que le jour. Le jour, je suis tellement fatiguée que je n’arrive à rien faire. Ça fait 20 ans que ça dure. En 1999, mon fils s'est suicidé. Il a été repêché dans les eaux de Nice. 

Je l'ai appris par téléphone. Alors, je suis allée hôpital et je ne pensais pas qu’on allait m'annoncer une telle nouvelle. Je me disais que ce n’était peut-être pas vrai, qu’il y avait peut-être une chance pour que ça ne soit pas lui, parce qu’ils l’ont retrouvé dans l’eau. Je ne voulais pas y croire. Mon fils avait 21 ans. C’est à partir de ce moment-là que j'ai perdu complètement le sommeil. Petit à petit, je l’ai retrouvé, mais j'ai mis du temps. 

" Quand je m’arrêtais de pleurer, je n’arrivais pas à trouver le sommeil "

J’ai longtemps parlé à mon fils, parce que j'avais besoin de lui parler. Au début, je pleurais tout le temps. Je pleurais le jour, je pleurais la nuit. Quand je m’arrêtais de pleurer, je n’arrivais pas à trouver le sommeil. Alors, je faisais comme les enfants, je dormais avec la lumière allumée. J'écoutais de la musique et, de temps en temps, je dormais cinq minutes. Avant, je m'endormais à quatre heures du matin. Ça fait 20 ans, alors j’ai moins de chagrin. Au début, j'avais beaucoup de chagrin. La nuit, c'est très long et je me suis habituée. 

Mon fils a perdu son papa dans un accident de voiture. C’était le 16 mars 1989 et mon fils s’est suicidé dix ans après. C'était sa huitième tentative de suicide. Il n’a pas supporté le décès de son père. Il adorait son papa. C’était un merveilleux papa. Il faisait beaucoup de choses pour lui. Il consacrait son temps à s’occuper de son fils. Son fils c’était tout. Nous étions divorcés. C'était mon deuxième mariage. J'avais eu un premier mariage très douloureux. Ma vie a été très difficile.

Cette année, j'ai commencé à écrire mon autobiographie. Je me suis arrêtée parce que je suis fatiguée en ce moment. J'ai senti qu'écrire me faisait du bien. J’ai été encouragée par une amie. J’ai vécu des moments difficiles. Je me sens de plus en plus seule. Je vis seule depuis 2001. J’ai eu un mari violent. Ma mère s’est suicidée en 1995. Je me suis dit que je tiendrai malgré tout ce qui m’est arrivé parce que je suis croyante. J’ai quand même de la force morale et on me dit que j'ai du courage parce que je continue à vivre.

Les somnifères ont un effet paradoxal sur moi. Ça m’empêche de dormir. Avant le choc émotionnel que j'ai eu avec le suicide de mon fils, les somnifères me faisaient de l’effet, je pouvais m'endormir. Mais maintenant, les somnifères ne me font plus rien. J'ai fait des dépressions parce que j'ai eu une vie difficile et j’ai été hospitalisée. La dernière fois que j’ai été hospitalisée, je suis restée des nuits entières sans dormir, les yeux ouverts en regardant par la fenêtre. C'était insupportable. "

Europe 1
Par Léa Beaudufe-Hamelin