Audiovisuel public : plusieurs pistes pour une réforme à risque

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La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, dévoile lundi la réforme de l'audiovisuel public.
La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, dévoile lundi la réforme de l'audiovisuel public. © LUDOVIC MARIN / AFP
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La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, doit présenter lundi sa réforme de l'audiovisuel public. Objectifs : moderniser l'offre tout en faisant des économies.

À quoi ressemblera l'audiovisuel public demain ? C'est tout l'enjeu de la réforme que doit présenter Françoise Nyssen lundi. La ministre de la Culture, qui planche sur le dossier depuis le début de l'année en étroite collaboration avec Matignon, des parlementaires et des cadres des groupes concernés, a trois objectifs distincts. D'abord, répondre aux nouveaux usages, ce qui suppose de développer le numérique et les programmes de visionnage à la demande. Ensuite, créer plus de synergies entre les groupes. Enfin, un impératif budgétaire est à prendre en compte : la réforme doit permettre de réaliser des économies, chiffrées entre 250 et 500 millions d'euros, d'ici à 2022.

Synergies. Cinq chantiers prioritaires ont été identifiés par Françoise Nyssen : la reconquête du jeune public, les coopérations internationales, l'offre de proximité, une offre commune en ligne et des synergies de ressources. Des rapprochements plus étroits sont envisagés, notamment entre France 3 Régions et France Bleu. Gabriel Attal, député LREM proche d'Emmanuel Macron et chargé du dossier à l'Assemblée, a également plaidé cette semaine pour la création d'une holding de l'audiovisuel public, avec un directeur non exécutif chapeautant des directeurs exécutifs. Dans un entretien vidéo à L'Opinion, il a estimé qu'il fallait "regarder" le pouvoir de nomination du CSA, "travailler sur la question des territoires" en trouvant "plus de synergies entre France 3 Régions et France Bleu" et se pencher sur "les questions sociales pour dégager des moyens qui permettent d'investir dans des contenus". Interrogé sur les économies, il a noté que "dans le projet de loi de finances de 2019 dont les arbitrages sont en cours de finalisation, on va demander des économies à tous les opérateurs de l'Etat et il est donc normal et légitime que l'audiovisuel y participe".

 

Des suppressions de chaînes ? La suppression de certaines chaînes serait aussi envisagée. "On ne doit pas avoir de tabou sur la réforme de la structure : est-ce que par exemple il va falloir peut-être avoir moins de chaînes sur France Télévisions ? Il faut se poser la question de la pertinence du nombre de chaînes", a estimé de son côté sur RFI Aurore Bergé, porte-parole des députés LREM. Plusieurs hypothèses ont circulé, notamment après la fuite d'un document de travail en fin d'année dernière : suppression de France Ô ou de France 4, fusion de France 4 et France 5, ou encore le basculement vers le numérique de France 4. Selon le JDD, l'hypothèse la plus probable reste une migration de certaines chaînes sur le Net, plus qu'une suppression pure et simple.

Les syndicats inquiets. Mais ces pistes ne satisfont pas du tout les syndicats. "L'audiovisuel public sera-t-il la prochaine ZAD ?", s'est interrogé la CGT de France Télévisions, estimant que "la demande pressante d'économies voulue par le gouvernement n'épargnera pas le modèle social si laborieusement construit à France Télévisions". "Ce président comme ses prédécesseurs abandonne France Télévisions comme une terre agricole fertile qu'on décide d'abandonner un peu plus chaque jour... En quelque sorte le président des friches...", a regretté pour sa part le SNJ.

Un "Netflix à la française" plus à l'ordre du jour. Concernant la vidéo à la demande (VOD), le projet d'un "Netflix à la française" imaginé par Delphine Ernotte n'est plus à l'ordre du jour, selon le JDD. En revanche, le gouvernement souhaiterait créer un portail de VOD pour proposer, entre autres, l'ensemble des contenus de France Télévisions. Ce serait "un média citoyen et engagé, avec des rendez-vous patrimoniaux, culturels ou sportifs", indique une source à l'hebdomadaire. 

La publicité supprimée ? En décembre dernier, une petite phrase prêtée à Emmanuel Macron mais démentie par l'Elysée sur l'audiovisuel public "honte de la République" avait suscité une énorme polémique. Pendant sa campagne, Emmanuel Macron avait défendu un rapprochement des groupes de l'audiovisuel public et un assouplissement des règles du financement publicitaire, en concentrant les moyens sur des chaînes moins nombreuses. Plusieurs acteurs, comme la société d'auteurs Scam, le syndicat des radios indépendantes Sirti ou encore le patron de M6 Nicolas de Tavernost, ont plaidé au contraire pour la suppression totale de la publicité sur le service public.

Europe 1
Par Europe1.fr avec AFP