Audiences annulées, juges obligés de se déplacer : les galères du transport de détenus

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© JEAN-PIERRE CLATOT / AFP
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À l'occasion de la parution d'un livre blanc, l'Union syndicale des magistrats dénonce le manque de moyens de l'administration pénitentiaire, qui doit prendre intégralement en charge l'extraction de détenus à partir du 1er novembre.

Le personnel pénitentiaire a-t-il les moyens de procéder aux escortes et aux transferts de détenus ? À partir du 1er novembre, ce type de missions doit lui revenir intégralement. Et cela s'annonce compliqué... Selon un livre blanc publié par l'Union syndicale des magistrats, l'administration pénitentiaire est souvent en difficulté lorsqu'il s'agit de gérer les extractions de détenus.

"Des collègues renoncent à demander l'extraction"

Depuis cet été, des témoignages remontent de toutes les régions. Et les dysfonctionnements relevés dans ce livre blanc conduisent parfois à ridiculiser la justice, déplore Céline Parisot, la présidente de l'Union syndicale des magistrats.

"Nous avons des collègues qui renoncent à demander l'extraction d'un détenu et qui vont procéder eux-même à une audition en détention. Il y a eu par exemple une juge d'instruction de Marseille qui est allé rendre visite à un détenu à Lyon, parce qu'il n'arrivait pas à le faire venir dans son cabinet", raconte-t-elle au micro d'Europe 1.

Les magistrats réclament un audit approfondi des besoins

"Il y a aussi les détenus qui ne peuvent pas être jugés, en comparution immédiate par exemple", poursuit Céline Parisot. Et de mentionner un exemple tout récent, à Lille : "On incarcère quelqu'un le vendredi soir, il doit être jugé le lundi et il ne peut pas venir parce que personne ne peut l'emmener. On est quand même dans un cas d'agression sexuelle. La victime est présente et le tribunal ne peut pas le juger".

Le détenu est alors remis en liberté avant même d'avoir été interrogé, dans l'espoir que l'intéressé vienne de lui même devant le juge plutôt que d'espérer qu'une escorte l’emmène. Une cacophonie qui conduit souvent les magistrats à s'autocensurer et à ne plus demander d'extraction. Ils réclament aujourd'hui un audit approfondi des besoins.