Ai-je le droit d'avoir une relation amoureuse au travail ?

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Roland Perez , modifié à
La Cour de cassation a récemment tranché le cas d'un homme licencié sans indemnité après avoir entretenu une relation avec une femme dont il était le supérieur hiérarchique. 

Selon plusieurs enquêtes réalisées à l'échelle française ou européenne ces dernières années, un tiers des Français serait déjà tombé amoureux au travail. Et l'employeur ne voit pas toujours ces idylles d'un bon œil. Mais de quel côté penche le droit ? Une affaire récemment tranchée par la justice peut donner des éléments de réponse aux couples inquiets. 

Aux États-Unis, la règle du "no zob in job"

Outre-Atlantique, on ne déroge pas à un principe : "no zob in job". L'employeur ne tolère pas les histoires amoureuses au travail. Ce principe est même érigé en règle de valeur dans les entreprises, à tel point que le directeur général de Mc Donald’s vient d’être  brutalement licencié pour avoir entretenu une relation avec une autre salariée du groupe.

En France, les patrons n’ont pas ce pouvoir mais ils peuvent tout de même sévir si la relation amoureuse nuit au bon fonctionnement de l’entreprise. C'est ce qui est arrivé dans une affaire qui est allée jusqu'à la Cour de cassation.

En France, une affaire récemment tranchée 

Tout commence par une salariée qui accuse son supérieur hiérarchique de harcèlement sexuel,  en fournissant à la justice des SMS assez osés, voire carrément pornographiques de son supérieur. Les messages sont émis du portable professionnel, payé par l’employeur, lequel congédie sur le champ le cadre concerné pour faute grave et donc sans l'indemniser. 

Mais les choses se corsent quand le salarié accusé de harcèlement démontre qu’il entretenait en fait une relation consentie avec la salariée  en question, elle l’avait même carrément draguée. Preuve à l'appui : ses propres SMS, également très provocateurs. 

Le risque des conflits d'intérêt au travail 

Que dit alors la justice ? Si le harcèlement sexuel ne tient plus, il n’en demeure pas moins, selon la Cour de cassation, que les SMS quelque peu salaces, échangés pendant deux ans par les deux salariés alors que l'homme avait autorité sur sa collaboratrice, étaient de nature à faire perdre au supérieur hiérarchique l’autorité nécessaire à la bonne exécution de ses fonctions.
Entre les lignes, la décision dit donc qu'il ne faut pas que la relation sentimentale, certes possible au travail, ait un impact concret sur l'entreprise, avec, par exemple, des conflits d'intérêt. Lorsque c'est le cas, l'employeur est fondé à rompre l'un des deux contrats de travail, voire les deux.