Comment améliorer la loi sur la fin de vie ?

© MAXPPP
  • Copié
avec Anne Le Gall , modifié à
SANTÉ - L’affaire Vincent Lambert montre les limites de la loi Leonetti. Marisol Touraine veut la réformer.

L’info. Le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a décidé jeudi le maintien en vie de Vincent Lambert, tétraplégique en état de conscience minimale dont les médecins souhaitaient abréger les souffrances. C'est la deuxième fois que la justice désavoue la décision de l'équipe médicale de l'hôpital de Reims. Pour la ministre de la Santé, cette affaire met en lumière les ambiguïtés de la loi Leonetti, que Marisol Touraine souhaite réformer. D’autant que François Hollande s’y est engagé pendant la campagne présidentielle de 2012. Mais comment faire évoluer ce texte sur les droits des patients en fin de vie ?

15.08.Euthanasie.hopital.930.620

Ce que prévoit la loi actuelle. Les situations de fin de vie sont encadrées en France depuis 2005 par la loi Leonetti. Cette dernière interdit l'acharnement thérapeutique, permet l'euthanasie passive par l'arrêt des traitements lorsqu'ils sont jugés "disproportionnés" et admet l'administration d'anti-douleurs jusqu'au point "d'abréger la vie".
>> A lire aussi - Euthanasie : où en est la France ?

Les limites de la loi Léonetti. Pour la ministre de la Santé, cette loi "à l'évidence ne suffit pas" : elle "comporte des ambiguïtés qu'il faut lever", a-t-ele souligné jeudi sur Europe 1. Car dans l’affaire Vincent Lambert, chacun a sa lecture de la loi Leonetti : les parents refusent de laisser partir leur fils, sa femme souhaite le contraire, les médecins sont d’accord avec son épouse et les juges avec les parents. Le tout sans qu’on connaisse les volontés du malade lui-même.

Pour Marisol Touraine, "la loi ne suffit pas" :

La ministre de la Santé veut donc clarifier cette loi pour qu’elle puisse s’appliquer réellement, et pour cause : Vincent Lambert aurait très bien pu en bénéficier. Mais pour cela, il aurait dû désigner avant son accident une personne de confiance, en l’occurrence son épouse. Dans ce cas, son avis se serait imposé aux médecins, mais aussi au reste de la famille, même si cette dernière n’est pas d’accord. 

10/07 Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé

Ces éclaircissements que la ministre veut apporter. Pour Marisol Touraine, la priorité est donc que la loi encourage davantage la désignation d'une personne de confiance pour porter la volonté du malade. Il faudrait également développer la pratique des directives anticipées, ces consignes qu'on peut écrire à tout âge et qui permettent à un patient de demander, par avance, l'arrêt d'une sonde alimentaire ou d'un respirateur si un jour il était dans le coma.

Enfin, il faudrait que ces instructions s'imposent légalement aux équipes soignantes et à la famille. Ce n’est pas le cas aujourd'hui, ce qui explique l’imbroglio actuel dans l’affaire Vincent Lambert. 

Les Français déjà sollicités. Un panel de citoyens s'était prononcé en décembre 2012 sur le sujet, préconisant une "légalisation du suicide médicalement assisté" mais pas l'inscription dans la loi de l'euthanasie active. Car les options de la fin de vie divergent, entre euthanasie passive, euthanasie active - à savoir "le fait pour un tiers de mettre fin à la vie d'une personne à sa demande" - et suicide médicalement assisté où c'est le patient qui fait acte d'ingérer une potion létale.

Les citoyens s'étaient cependant déclarés "favorables à une exception d'euthanasie" pour "des cas particuliers ne pouvant entrer dans le cadre du suicide assisté", comme lorsque "le consentement direct du patient ne peut pas être recueilli".

 

Pour Daniel Cohn-Bendit, l'euthanasie doit avant tout être une affaire d'empathie, et non d'idéologie :

Vincent Lambert : Du "droit absolu de choisir...par Europe1fr
A lire aussi

L'INFO - La justice s'oppose à l'euthanasie passive de Vincent Lambert

TEMOIGNAGE - La mère de Vincent Lambert veut "retrouver la paix familiale"

CONSULTATION - La "conférence citoyenne" plaide pour le suicide assisté