Charlie Hebdo : laïcité et fait religieux, les oubliés de l'école

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Fabienne Cosnay , modifié à
PÉDAGOGIE - Par manque de formation ou par peur d'ouvrir le débat, la laïcité et le fait religieux sont peu abordés en classe.

Des incidents inquiétants. Quelques jours après les attaques terroristes qui ont endeuillé la France, l'école se retrouve une nouvelle fois au centre des débats. Jeudi dernier, une centaine d'incidents ont été recensés dans les établissements scolaires pendant la minute de silence prévue en hommage aux victimes de l'attaque de Charlie Hebdo. Face à des profs souvent atterrés, certains élèves ont préféré chahuter pendant ce moment solennel, certains allant même jusqu'à tenir des propos faisant l'apologie du terrorisme.

Face à ce constat alarmant, un long travail pédagogique attend les enseignants. Au collège Marie-Curie, dans le 18e arrondissement de Paris, la principale adjointe, Cécile Ménard, expliquait à l'AFP qu'en plus de la minute de silence et d'un débat en classe, les profs ont décidé de faire "écrire les élèves". "On s'est aperçu qu'il nous fallait travailler sur l'explication de la liberté d'expression, le blasphème et la laïcité".

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Sujets tabous. Mais enseigner le "vivre ensemble" autour de ces valeurs n'est pas forcément évident. Car l'éducation autour de la laïcité et du fait religieux restent "tabous", souligne Eric Vinson, enseignant-chercheur spécialiste des religions, contacté par Europe 1. "Depuis 2002 et le rapport Debray sur le sujet, il y a une prise de conscience de l'analphabétisme des élèves en termes de culture religieuse et de culture de la laïcité. Malgré cela, 13 ans plus tard, les choses se sont aggravées avec les crispations communautaires, notamment autour de l'islam", déplore le journaliste au Monde des Religions.

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Des profs dépassés. Surtout, aborder la laïcité ou le fait religieux à l'école n'est pas simple pour les enseignants. Au lendemain des attentats de la semaine dernière, des enseignants ont préféré avoir voulu faire cours normalement, ne se sentant pas à la hauteur pour aborder ces sujets. "La première urgence, c'est de mieux former les profs", estime Eric Vinson. Souvent, ils se sentent peu compétents sur ces questions. Alors, ils renoncent à les aborder en classe", indique le spécialiste des religions.

Consciente du problème, Najat Vallaud Belkacem a annoncé mardi que la formation continue des enseignants "serait renforcée". Par ailleurs, un livret sur l'enseignement laïc des faits religieux et la laïcité est en préparation pour les chefs d'établissements et directeurs d'école.

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Morale laïque à la rentrée 2015. La ministre a confirmé la création d’un enseignement moral et civique dans toutes les classes dès la prochaine rentrée, comme le prévoit la loi de refondation de l’école de 2013. Cet enseignement "intégrera une éducation aux médias, les problématiques de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et toutes les formes de discrimination, les notions de droits et de devoirs, le principe de laïcité". Il sera d’une heure par semaine et concernera toutes les classes, de l’école primaire à la classe de terminale.

Renforcer l’enseignement du fait religieux à l’école. Aujourd’hui,  on parle de religion via les cours d'histoire par exemple, en classe de sixième et de cinquième. Comme pour l'enseignement de la laïcité, la sénatrice EELV Esther Benbassa et son collègue de l’UMP Jean-René Lecerf préconisent dans un rapport une éducation au fait religieux dès l'école primaire. "Il faut apprendre aux enfants quels sont les grands courants religieux, les grands livres, etc", estime l'élue écologiste et aborder ces questions de "manière critique et rationnelle". Pour "éviter que les jeunes apprennent la religion via Internet".