Une étude sur les Amish ouvre la voie... à des traitements contre le vieillissement

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© TIMOTHY A. CLARY / AFP
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Une mutation génétique chez des Amish prolonge leur vie de dix ans. Et cette découverte va (grandement) faciliter la recherche de traitements contre la dégénérescence liée à l'âge.

On savait leur mode de vie (très) stricte. Mais il en faut plus pour expliquer la longévité de certains Amish. Cette communauté religieuse anabaptiste aux règles de vie ultra encadrées semble inspirer autant le septième art que les scientifiques. Des chercheurs ont en effet découvert qu'une mutation génétique très rare permet à certains membres de cette communauté très présente aux Etats-Unis de vivre bien plus longtemps que la moyenne. Une découverte qui pourrait ouvrir la voie à la conception de traitements contre la dégénérescence liée à l'âge.

"C'est la première mutation génétique humaine qui se révèle avoir un impact multiple sur les changements biologiques résultant du vieillissement", explique ainsi le professeur Douglas Vaughan, président de la faculté de médecine Feinberg de l'université Northwestern à Chicago.

Certains vivent dix ans de plus que les autres. L'étude, dont les conclusions sont parues mercredi dans la revue Science Advances, a été menée auprès de 177 Amish âgés de 18 à plus de 85 ans appartement à la communauté de Berne, dans l'Indiana (nord des Etats-Unis). Elle a montré que les 43 hommes et femmes porteurs de la mutation du gène Serpine1 - responsable d'une forte réduction de la production de la protéine PAI-1 -  étaient en meilleure santé et vivaient en moyenne dix ans de plus (85 ans) que leurs congénères privés de cette variation génétique. L'espérance de vie aux Etats-Unis est de 78,8 ans. Leur profil métabolique s'est avéré aussi plus sain et ils souffrent nettement moins de diabète et de maladies cardiovasculaires, a relevé l'équipe scientifique internationale.

Les chercheurs ont également constaté que les télomères de leurs cellules immunitaires étaient en moyenne 10% plus longs. Le télomère est un morceau d'ADN situé à l'extrémité de chaque chromosome pour le protéger et qui se réduit à chaque division cellulaire, contribuant au vieillissement. Le raccourcissement progressif des télomères entraîne le vieillissement biologique qui se traduit dans les cellules et les tissus de l'organisme par un accroissement de certaines protéines, dont la PAI-1 qui est la signature de la sénescence et qui a déjà été liée aux maladies cardiovasculaires.

" Nous pouvons ainsi prolonger la vie en bonne santé... et aussi l'espérance de vie "

"Une occasion unique". "Le groupe d'Amish de Berne offre une occasion unique d'étudier les effets biologiques de cette mutation génétique et de la réduction de la protéine PAI-1 sur la longévité des humains", ont souligné les chercheurs, relevant l'utilité d'examiner des mutations génétiques chez des populations isolées géographiquement et génétiquement. En effet, si l'effet de cette protéine PAI-1 sur le raccourcissement de la vie se confirmait, cela ouvrirait la voie à plusieurs possibilités de traitements. 

La molécule expérimentale "TM5614", qui neutralise cette protéine, a par exemple déjà fait l'objet d'un essai clinique de phase I au Japon. Les autorités nippones ont déjà autorisé un essai clinique de phase II. Des souris traitées avec cette molécule ont été épargnées de toutes les pathologies liées à l'âge et ont vu leur durée de vie quadrupler. Cette molécule anti-vieillissement représente donc un solide espoir de traiter ou de prévenir des maladies humaines résultant de la sénescence. "Nous pensons que ce médicament peut avoir un double effet en agissant sur les processus moléculaires du vieillissement mais aussi sur les maladies qui y sont liées", a indiqué le professeur Vaughan. Selon lui, "nous pouvons ainsi prolonger la vie en bonne santé... et aussi l'espérance de vie" comme le montre l'étude auprès des Amish.