Tout savoir sur les TOC, les troubles obsessionnels compulsifs

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Les troubles obsessionnels compulsifs, ou TOC, peuvent être très handicapants dans la vie quotidienne, mais des traitements existent. Sur Europe 1, le professeur Antoine Pelissolo, chef du pôle de psychiatrie au CHU Henri-Mondor, à Créteil, explique comment ils se déclarent et peuvent être soignés.

Les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) touchent 1 à 2% de la population. Comme l'explique le professeur Antoine Pelissolo, chef de service dans le pôle de psychiatrie du CHU Henri-Mondor à Créteil, dans Sans rendez-vous, sur Europe 1, ces "obsessions" ou "compulsions", qui altèrent la vie quotidienne, peuvent, dans une majorité des cas, être prises en charge par des spécialistes. Le TOC, c'est à la fois, "la maladie du doute" et "la maladie de l'hypercontrôle", avec "quelque chose qui s'impose à vous, qui peut prendre le contrôle de vos actions" et "un risque perçu comme grave à ne pas le faire", explique le médecin.

On distingue ainsi trois grandes catégories de TOC, détaille Antoine Pelissolo :

- Les obsessions de lavage : relaver quelque chose qu'on a déjà lavé, dix ou vingt fois, avec surtout "la crainte de se contaminer".

- Les obsessions d'erreur, "liées à des risques de malheur" qui pourraient arriver en cas d'oubli.

- Les obsessions "liées aux mauvaises pensées : une hantise d'avoir des mauvaises pensées envers les autres, ce qui pousse à surveiller constamment ses pensées".

A cela s'ajoute "la phobie d'impulsion : avoir la peur d'une impulsion à l'issue violente, comme se faire mal avec un couteau, agresser quelqu'un physiquement ou sexuellement", un phénomène tourné vers soi ou vers les autres. Mais comme le précise le professeur, "ce sont des gens qui ne passent jamais à l'acte".

La majorité des patients ont une vie normale

Les TOC touchent indifféremment 1 ou 2 % de la population, avec des personnalités "normales". Comme l'explique le professeur Pelissolo, "On ne connaît pas une cause unique de TOC, on sait où ça se passe dans le cerveau, mais pas exactement pourquoi". A ce terrain favorable, s'ajoutent "les effets du stress". Des événements peuvent également déclencher les TOC, "comme la grossesse pour les femmes".

Chez les enfants, ils peuvent apparaître "entre 5 et 10 ans", mais il est important de "ne pas les confondre avec les rituels, les manies, tant que ça ne cause pas d'anxiété", prévient le psychiatre. Un TOC "c'est une compulsion qui s'impose. Il y a une pensée magique, comme pour les superstitions, qui sont beaucoup moins fortes. Certains chiffres, arbitraires, vont ainsi avoir une valeur rassurante".

Ces troubles peuvent devenir véritablement handicapants dans la vie quotidienne. "Si la majorité des patients a une vie normale, certains sont parfois handicapés au point où ils ne peuvent plus assurer leurs activités habituelles." Par exemple, "les gens qui ont une phobie du contact vont finir par ne plus rien toucher ou alors passer leur temps à se nettoyer",précise Antoine Pelissolo. Au-delà de ces contraintes physiques, il y a un fort effet psychologique. "La personne, en général, se rend compte que ce qu'elle fait n'est pas rationnel. Les adultes trouvent ça absurde, ridicule, mais se sentent obligés de le faire", complète le médecin. Les TOC exposent aussi à la dépression : "Il y a une forme d'usure après des années de lutte".

Quels traitements contre les TOC ? 

Si des traitements contre les TOC existent, ce n'est pas la solution miracle pour le professeur Pelissolo. "On peut faire progresser beaucoup la pathologie, rarement la faire disparaître à 100%. Il y a la moitié des personnes souffrant de TOC qu'on peut améliorer", explique-t-il. Le premier réflexe pour un praticien avec son patient, c'est de l'informer, de lui expliquer la démarche et de lui faire admettre que c'est une vraie maladie. "Recevoir la famille en consultation pour comprendre comment c'est arrivé et les aider à comprendre ce qu'est un TOC" est également un part importante de ce travail d'information. 

Ensuite vient le temps des thérapies comportementales et cognitives, "les seules qui marchent", assure le psychiatre. L'objectif est de "modifier ses comportements, car céder à son TOC va l'aggraver. Plus on fait les choses de manière artificielle, plus on crée le besoin de le refaire." Il faut donc "exposer les patients à ce qu'ils redoutent, pour supporter le stress que cela provoque, progressivement", édicte le docteur. 

Entendu sur europe1 :
Le seul secret pour que le phénomène d'habituation se fasse, c'est de le répéter à la maison tous les jours

Un des exercices usuel va ainsi être de "toucher puis faire toucher quelque chose de pas totalement désinfecté pour identifier le niveau d'anxiété et proposer des exercices adaptés et gradués". Par exemple, "passer de la table au lavabo, à l'espace public". Les séances font trois quarts d'heures, mais "le seul secret pour que le phénomène d'habituation se fasse, c'est de le répéter à la maison tous les jours". Pour espérer une stabilisation en "six mois", anticipe Antoine Pelissolo.

La psychothérapie "s'impose en premier et quand c'est trop dur, que ça ne marche pas, on passe au traitement médicamenteux", poursuit-il. C'est "notamment des antidépresseurs sérotoninergiques, bien supportés et facile à mettre en oeuvre. Mais c'est un traitement qu'il ne faut pas prendre à la légère. C'est sur plusieurs mois, plutôt suivi par un psychiatre et ça peut être assez déterminant", prévient le médecin.

Aujourd'hui, la réalité virtuelle arrive peu à peu dans le champ des traitement. "On commence à avoir des environnements visuels qui sont proposés aux personnes. Ce qui est compliqué, c'est qu'il y a cette dimension tactile dans le TOC. On le fait de plus en plus, mais c'est plus difficile au plan technique", explique encore le professeur.  

Pour les TOC dits "résistants", la recherche continue et explore actuellement "la stimulation cérébrale profonde, avec des électrodes dans le cerveau. En stimulant, en continu, certaines régions du cerveau, on arrive à réduire l'impact des TOC graves". Une pratique prometteuse mais pas sans risque.

Europe 1
Par Guilhem Dedoyard