Pour mesurer l'activité biologique des sols, utilisez... vos slips

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Dans sa chronique "Rendez-vous à la ferme", Fanny Agostini s’intéresse à une méthode particulière pour mesurer l'activité biologique des sols… l'utilisation de slips.
EDITO

"Nous avons parfois tendance à oublier que tous les produits que nous mangeons ne sont pas issus du supermarché, qu’ils ont eu une vie avant de se retrouver dans les rayons. Cette vie, comme tout sur cette Terre, a commencé dans le sol, grâce à ce qu’on appelle l’activité biologique." Ce vendredi, Fanny Agostini s'intéresse à l'activité biologique des sols grâce aux slips, dans sa chronique, Rendez-vous à la ferme, sur Europe 1.

Pour faire pousser des légumes et des plantes, "il ne suffit pas de planter une graine dans de la terre", nous dit Fanny Agostini. Il faut que cette terre soit active, qu’elle raconte une histoire. "Cette histoire, c’est celle de l’interaction entre toutes les espèces épigées, qui vivent dans la couche supérieure du sol : des vers de terre, des insectes, des champignons et des bactéries qui, bien que très différentes, se complètent et forment un ensemble symbiotique, une sorte d’'écosymbiose'", explique-t-elle.

À ces interactions, il faut ajouter de la matière organique issue de la décomposition du vivant : des feuilles, des écorces d’arbres, des déjections animales, et parfois même des animaux tout court. Cette matière organique est la source de toutes les réactions biochimiques qui vont avoir lieu entre le vivant et l’inerte, et qui vont fournir au sol toute sa fertilité.

Les élastiques des slips résistent à la biodégradation

Sans cette histoire - cette activité biologique -, il est tout simplement impossible de produire des fruits, des légumes, de planter des arbres ou des fleurs. "Malheureusement, avec tous les traitements chimiques que nous imposons aux sols pour augmenter toujours plus la production, nous perdons l’essentiel ; en labourant les sols, nous détruisons ces interactions, nous enterrons la vie, et nous ne serons jamais capables de remplacer cet équilibre si fragile", déplore Fanny Agostini.

Afin de mesurer l’activité biologique des sols, la meilleure technologie est parfois la plus simple, la plus populaire, et dans ce cas précis, on oserait même dire qu’elle "a du slip", ose-t-elle. "Il s’agit tout simplement d’enterrer, à une dizaine de centimètre de la surface, une culotte en coton bio et d’attendre 90 jours avant de la sortir et d’observer son état de décomposition. Vous vous demandez probablement pourquoi c’est une culotte qui est utilisée pour cette expérience et non un tissu quelconque ; la réponse se trouve dans les élastiques qui la composent et qui résistent à la biodégradation. Plus la culotte se dégrade rapidement, plus l’activité biologique du sol est intense et plus ce dernier est en bonne santé, avec pour seuls témoins les élastiques du slip disparu."

Plusieurs initiatives de ce type ont déjà eu lieu en France

L’origine de ce test vient tout droit du Canada, où, dès 2015, des agriculteurs ont planté des slips. Il a fallu attendre quelques années seulement pour que ce test du slip germe dans d’autres pays, et notamment en France. "Au mois de mars de cette année, on a par exemple pu observer des Montpelliérains s’adonner à la plantation de culotte : plus de 150 de ces dernières ont été mises en terre pour évaluer la qualité des parcelles. Ce test du slip est à l’initiative de la chambre d’Agriculture et du Syndicat mixte Garrigues Campagne, et a déjà inspiré d’autres régions à faire de même. C’est le cas par exemple dans l’Isère où une expérience identique à eu lieu et a permis de révéler une bonne activité biologiques dans les sols", décrit Fanny Agostini. 

"Cette expérience singulière attire de plus en plus d’agriculteurs soucieux de sauvegarder la bonne santé de leurs sols, tout simplement parce qu’elle est très peu coûteuse et ne nécessite pas d’analyses poussées en laboratoire : les résultats sont visibles à l’œil nu !", conclut Fanny Agostini. Si vous souhaitez vous intéresser à l’activité biologique de votre jardin ou de votre potager, vous saurez maintenant qu’un outil redoutable, pour peu qu’il soit bio, se cache dans votre tiroir à sous-vêtements…

Europe 1
Par Thomas Vichard