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Fabienne Le Moal, édité par Ariel Guez , modifié à
Alors que s’ouvre lundi le procès Mediator, Bernard Bégaud, professeur de Pharmacologie à l'Université de Bordeaux, explique au micro d’Europe 1 en quoi la France est un mauvais élève dans la gestion des médicaments. 
INTERVIEW

Le procès du Mediator, un médicament des laboratoires Servier accusé d'être responsable de centaines de morts et retiré du marché fin 2009, s'ouvre lundi à Paris. Les milliers de victimes exigent "réponses et réparation", tandis que les laboratoires Servier espèrent qu'il permettra de "sortir ce dossier de la caricature".

Interrogé au micro d’Europe 1, Bernard Bégaud, professeur de Pharmacologie à l'Université de Bordeaux, considère que si ce genre de procès permet des avancées, "le fond du sujet lui-même n’est pas réglé".

"La France est le pays dans lequel on utilise le plus mal les médicaments, c’est de notoriété publique", affirme le professeur de Pharmacologie à l'Université de Bordeaux. "Chaque fois qu’une affaire arrive, on découvre que la moitié, un tiers, voire 80% des prescriptions n’étaient pas conformes aux règles", poursuit-il. Bernard Bégaud prend un exemple récent avec l’affaire de l’Androcur.

Prescrit pour lutter contre l’hirsutisme, l’Androcur a entraîné des tumeurs au cerveau chez plusieurs consommatrices. Mais Bernard Bégaud explique que dans "80% des cas, les consommatrices n’étaient pas dans l’indication officielle. On avait détourné l’usage de ce médicament".

"Il n’y a pas de volonté politique"

Et pour le professeur, c’est "très fréquent". "Le Mediator est un exemple : il est évident qu’il a été utilisé largement comme coupe-faim. Mais on a aussi des psychotropes (comme les tranquillisants par exemple) qui sont prescrits deux fois plus en France que chez nos voisins".

"Il n’y a pas de volonté politique" regrette le professeur. Selon lui, il faudrait que la France "mette en place des structures capables de voir exactement ce qui se passe dans le terrain". Chose possible, selon Bernard Bégaud, en se basant sur les données de l’Assurance maladie. "Il faut suivre ces informations non pas lorsqu'une crise arrive, mais pour qu’une crise n’arrive pas", conclut-il.